Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Sur ce qui n'est pas encore une traduction


«Songe d'une Nuit d'été»



Deux traducteurs du Songe d'une Nuit d'été de Shakespaere reviennent sur leur travail et s'expliquent sur ce qui a présidé leurs choix de traduction. Respect de la lettre et de la forme.


Traduire Shakespeare pourrait constituer une épreuve du bac, après le commentaire de texte, puis le résumé, destinés à se substituer à la vénérable dissertation, objet d'un culte déclinant: il y aurait là un moyen idéal d'échapper à la fois à la dissertation, au résumé, à l'étude de texte et à la version anglaise, tout en mobilisant des capacités linguistiques on ne peut plus utiles, au nombre desquelles l'aptitude à comprendre un anglais académique standard, à faire la synthèse de notes proliférantes, à dominer l'afflux de commentaires, à maîtriser les versions accumulées depuis des lustres dans la langue d'arrivée, le tout en fonction d'exigences qu'il s'agirait, une fois le texte traduit, d'expliciter en français correct.
Essayons donc d'expliciter: la traduction de Shakespeare, qui est l'exercice le plus libre, le plus étrange, le plus aberrant, de toute l'activité littéraire de ce temps, semble réservée à une cohorte d'universitaires, souvent plus soucieux de préserver leur domaine de chasse que d'en partager, ou d'en libérer, le gibier. Or, traduire Shakespeare est à la portée du premier venu; un niveau de classe de terminale suffit pour faire une synthèse des versions existantes et la plupart des versions actuelles ne sont guère qu'un best of des traductions antérieures. Pour ceux qui souhaitent descendre dans le texte, en explorer les sens cachés et les allusions fines, comme on peut vouloir lire Montaigne dans le texte, il existe des éditions de poche, en langue anglaise, que des générations d'érudits se sont vouées à enrichir et peaufiner dans la pure tradition de l'artisanat de luxe, touchant à l'une des disciplines académiques anglaises les plus vénérables, à savoir l'exégèse shakespearienne, domaine entre tous réservé, et qui, par sa finesse inventive et son style insondablement pondéré, mériterait autant d'égards que le texte lui-même.

André MARKOVICZ, Françoise MORVAN,
Publié le 1999-03-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : traduction, Shakespeare William, interprétation, liberté,
Artiste(s) : William SHAKESPEARE (auteur), André MARKOVICZ (rédacteur), Françoise MORVAN (rédacteur), Boris PASTERNAK (auteur), A BLOK (auteur), Marine TSVETAIEVA (auteur), Y TYNIANOV (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :