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Robyn Orlin endiablée
F...(untitled)
Chapeau : «F. . . (untitled)» de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin est une réjouissante entreprise de déconstruction du mythe européen du Faust de Goethe, et à travers elle une critique acerbe du manichéisme culturel entre blancs et noirs.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Alexandra BAUDELOT rédacteur
Robyn ORLIN chorégraphe
Texte : «F. . . (untitled)» : pourrait se dire d'une chose que l'on a sur le bout de la langue et qui se trouverait brutalement avalée dans les voies sinueuses d'une machinerie incontrôlable. Soit ici l'entreprise de ravalement du «Faust» de Goethe par Robyn Orlin. Il n'y a pas longtemps à attendre pour se faire une idée de ce personnage, mythique dans sa version originale, pathétique dans celle de la chorégraphe sud-africaine. Car il s'agit bien ici d'une profonde entreprise de déconstruction du mythe, non pas celui de Goethe, qui n'est que prétexte, mais celui du manichéisme entre le bien et le mal et la couleur de peau noir et blanche à l'oeuvre dans la pensée européenne. Entreprise aussi de démolition de la danse classique et de ses corps de ballet, tutu blanc sur corps diaphane, outil de propagande et de pouvoir du régime apartheid sur la culture sud-africaine. User de ce chef d'oeuvre de la littérature occidentale est aussi prétexte à poser la question d'une culture européenne imposée à toutes les ethnies noires d'Afrique du Sud, réduites à n'exprimer danses, chants et histoires que dans la confidentialité des maisons. «F. . . (untitled)» inverse ce processus : l'austérité Afrikaners, la névrose de «l'homme blanc» deviennent caricatures face à la joyeuse explosion des corps des danseurs noirs, à cette évidence d'être là d'un bout à l'autre de la pièce. Robin Orlyn fait un beau pied de nez à cette culture blanche qui usa pendant des siècles d'un pouvoir abusif pour asseoir son identité. Au-delà de la répression, semble-t-elle dire, ne demeure que cette formidable pulsion à être dans la vie, à y goûter dans sa propre chair chaque instant de répits.
A l'angoisse de ce Faust blanc qui n'est rien d'autre qu'un acteur grassouillet et raté, elle oppose la bonne humeur d'un Faust noir, balayeur engagé pendant la pièce, imposant rires et danses «endiablées».
A partir de cette confrontation chaotique et incroyablement vivante, Robyn Orlin puise la matière propre à ses pièces, déjà à l'oeuvre dans «Daddy I've seen this piece six times before and I still don't know why they hurting each other» : un appétit farouche pour la dérision, pour un spectaculaire qui ne se soucie pas des codes du théâtre. Une liberté de ton qu'elle a su trouver « grâce » à cette reconnaissance tardive qui l'a fait passer d'un ras-le-bol-des-pièces-sérieuses-qui-n'intéressent-personne au désir de construire des pièces hybrides dans lesquelles elle se lâche sans limite : «Je n'avais plus rien à perdre», avoue t-elle.
Certes la chorégraphe revendique son identité sud-africaine, mais il serait vain de ne voir dans ses pièces que l'influence et la revendication de cette culture : Robyn Orlin met à nu les mécanismes d'un corps et d'une pensée peu soucieux de son sens originel, insufflant dans le paysage chorégraphique actuel une vision large, ouverte et généreuse.
Mots-clés : Afrique, apartheid, liberté
Inséré le : 08/11/2001 00:00
Thèmes : danse,