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Chorégraphie de l'intime

«Un être ici plein»

Chapeau : Vera Mantero crée au Quartz de Brest Un être ici plein, chorégraphie de l'intime, aussi sombre et minimale que Poésie et Sauvagerie, sa pièce précédente, pouvait être baroque et colorée.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Alexandra BAUDELOT rédacteur
Vera MANTERO chorégraphe

Texte : Après un mois de résidence au Quartz de Brest, la chorégraphe portugaise Vera Mantero crée Un être ici plein. Un projet réalisé en un temps record pour «continuer à faire des lectures du monde, des lectures créatrices du monde, et créatrices de sens. Donner du sens à l'être là. Un être là, plein». Une lecture du monde qui ne pouvait faire l'impasse de toutes les barbaries destructrices qui se sont illustrées de manière éclatante ces deux derniers mois. Un hommage contre cette forme de répression humaine qui par dessus tout s'acharne à nier toute forme de singularité et de poésie. Depuis A rose of muscle, sa première création en 1989, Vera Mantero n'a de cesse d'explorer les liens entre ce qui met le corps en mouvement et son rapport au monde. D'abord interprète au très prestigieux Ballet Gulbenkian, elle s'aventure dans la chorégraphie parce qu'elle trouve la danse «trop vague»: pour elle le corps est porteur d'un tout que seul la danse ne peut transmettre. Il s'agit d'aller au-delà, de l'ouvrir pour y observer ses moindres impulsions, ses possibles connexions avec ses autres lieux d'existence.
Ici, avec Un être ici plein le grand plateau du théâtre a été investit dans toute sa longueur. Deux rangs de spectateurs longent cet espace en se faisant face. L'atmosphère y est froide et presque hostile: des fosses creusées dans le sol rappellent les trous béants des tranchées. Seuls des coussins répartis dans tout l'espace et de grosses écharpes et bonnets de laine portés par les interprètes nous ramènent à un semblant de douceur: Un être ici plein est aussi minimale et sombre que Poésie et sauvagerie, sa pièce précédente, était baroque et colorée. A cette constatation d'un monde qui a besoin de se reconstruire une mythologie fédératrice, Poésie et sauvagerie faisait ce constat étonnement lucide que seul vivre en présence de la poétique pouvait repenser un monde plongé dans un vide du sens. Avec Un être ici plein, Vera Mantero nous livre un corps non plus en prise dans l'entre-deux de son identité face au monde, mais sa matière même: une plongée au coeur de l'intimité où les voix se font chuchotements, paroles poétiques et chants poignants. Où les corps s'insinuent lentement dans l'espace pour en investir sa charge émotionnelle et physique, pour y inscrire une mémoire concentrée dans l'instant éphémère de mouvements impulsifs.
Pour l'accompagner, elle s'est entouré sur scène de la collaboration de performers, écrivains, artistes visuels et musicien, tous à l'écoute de «ces choses inexplicables et indescriptibles par notre langage de tous les jours, mais dicibles par ces autres langues qui sont dans notre corps, dans notre perception, dans notre existence à tous». Et la chorégraphe d'ajouter: «Ils se trouvent qu'il nous faut cette pratique de s'accorder à ces autres langues, d'émettre et d'entendre ce qui nous traverse à travers elle».
Vera Mantero procède du principe des corps conducteurs. Pièce après pièce, elle ne cesse d'étonner par cette fulgurante lucidité qui caractérise ces pièces; par cet art, toujours reconduit en même tant qu'elle le réinvente, d'être intuitivement là où le corps puise ses ressources pour y inventer sa poésie.



Mots-clés : hommage, homme, identité
Inséré le : 15/11/2001 00:00
Thèmes : danse, théâtre,