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Un îlot de résistance
Festival Mettre en scène
Chapeau : Le festival
Mettre en scène, qui se déroule dans la région rennaise jusqu'au 17 novembre 2001, fait figure d'îlot de résistance à la standardisation des programmations. Il a réservé quelques agréables surprises.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Gwénola DAVID photographe
Catherine DIVERRES chorégraphe
Rodrigo GARCIA Metteur en scène
Thomas HAUERT chorégraphe
Caterina SAGNA chorégraphe
Loïc Touzé chorégraphe
François VERRET chorégraphe
Texte : «Questionner la réalité, être grossier et violent dans le théâtre, est une attitude pleine d'espoir. Produire, en revanche, des oeuvres pour se divertir ou des oeuvres ''cultes'' est une activité d'un nihilisme délictueux: elles nous invitent à porter notre regard ailleurs ou à nous joindre aux courants de pensées standardisées depuis notre club privé, chaque fois plus confortable, qui est cette partie du monde dans laquelle nous évoluons». Ces quelques mots que Rodrigo Garcia écrit dans le petit programme de la pièce «After Sun» qu'il présentait dans le cadre de
Mettre en scène résonnent comme coup de semonce salvateur tant la production théâtrale actuelle montre une fâcheuse tendance à se couler bien confortablement dans le moule préformaté de la grande consommation culturelle. Il reste heureusement quelques petits îlots de résistance à la standardisation des programmations «bien sous tous rapports». Sans être révolutionnaire,
Mettre en scène, festival international consacré à la jeune création, est une de ces manifestations qui tentent des expériences atypiques, qui lancent des dialogues entre dramaturges, chorégraphes et plasticiens, histoire de rompre le morne roulis des habitudes anesthésiant les esprits. Impromptus, spectacles, performances, installations, expositions... Cette Ve édition, qui rassemble sous l'égide du Théâtre National de Bretagne de nombreuses structures culturelles de la région, essaime les événements dans toute la métropole rennaise et à Quimper.
On peut dire que le premier week-end a tenu ses promesses car si l'impromptu de Loïc Touzé,
Morceau, frisait l'insignifiance (mais n'est-ce pas le risque inhérent à l'essai) et si Thomas Hauert n'a pas convaincu avec son «Do you believe in gravity? Do you trust the pilot?», on a vécu de belles expériences, voire plus. En s'inspirant très librement des
Quatre filles du Docteur March, roman de l'américaine Louisa May Alcott, pour composer
Sorelline, la chorégraphe italienne Caterina Sagna jette un regard plus que corrosif sur le processus castrateur et conformiste de l'éducation. Swinguant avec les registres de jeu, n'hésitant pas à piocher dans le vade-mecum éculé des musiques de séries télévisées, cette pièce pour quatre danseurs et une préceptrice, mâtine sa critique d'un ludisme un brin kitsch tout à fait réjouissant.
Un côté kitsch que l'on retrouve également chez le bouillonnant Rodrigo Garcia. Dans une mise en scène aussi volubile que déjantée (qui se laisse parfois un peu trop aller d'ailleurs), le jeune auteur-metteur en scène espagnol revisite la légende de Phaeton, fils du soleil disparu dans les cendres sur le char de son père pour avoir eu plus d'ambition que de raison. Autant dire que le monde contemporain ne manque pas d'illustrations de ce mythe antique. Patricia Lamas et Juan Loriente les passent en revue avec une énergie formidable. Plutôt qu'un spectacle,
After sun se vit comme un moment passé avec deux comédiens exceptionnels qui nous entraînent dans leurs délires, dans leurs révoltes, qui nous invitent à réfléchir et à jouer avec eux. On en sort séduit, un peu dérouté par les critiques radicales mais parfois presque naïves, en tous cas sans concession, que Rodrigo Garcia porte sur notre société.
Les horaires de programmation de festival conduisent parfois à faire le grand écart entre les genres. C'est se qui se produit quand on passe du capharnaüm du plateau d'
After Sun à la sophistication des images de
San (lointain) de Catherine Diverrès. Autant le dire tout de suite: cette chorégraphie est un petit chef d'oeuvre, quarante minutes de bonheur. Conçu comme un hommage à Oskar Schlemmer, figure du Bauhaus qui n'eut de cesse d'expérimenter les interactions entre costumes, lumières, matériaux, mouvements, textes pour dessiner l'espace théâtral,
San dégage une magie évanescente, quelque chose comme un temps suspendu traversé de fulgurances et d'accélérations soudaines. La gestuelle des danseurs, précise, affûtée, hachure l'espace, perce des tracés géométriques qui butent sur des corps-images figés et s'évanouissent
Date de publication : 01/11/2001
Mots-clés : interdisciplinarité, mise en scène
Inséré le : 15/11/2001 00:00
Thèmes : théâtre, danse,