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La non danse de Laurent Pichaud

Land part et echo anticipé

Chapeau : La danse est-elle assujettie aux codes qui tentent de la définir ? En deux propositions architecturées en diptyque, «écho anticipé» et « land part », Laurent Pichaud sonde les limites du spectaculaire.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Alexandra BAUDELOT rédacteur
Laurent PICHAUD chorégraphe

Texte : Créé en juin 2001, «écho anticipé». répondait à une invitation lancée par Mathilde Monnier dans le cadre de la manifestation «Potlatch, dérives» au Centre chorégraphique de Montpellier. A ce projet qui incitait les artistes à mettre en scène l'acte du don et de l'échange, Laurent Pichaud opposait cette idée que «donner» à voir une danse ce serait stimuler l'imaginaire du spectateur par une chorégraphie invisible. Dès lors «comment faire voir une chorégraphie, comment la rendre visible sans jamais utiliser le visuel? Ou plutôt, comment stimuler l'imagination du spectateur autrement que par le visuel?» A ces questions Laurent Pichaud répond par un travail de présence-absence des corps, par une spatialisation de sons qui se substitue à la dimension physique et dynamique de cette danse organiquement absente. Une description de ce qui serait en train de se passer sur scène remplace à la manière d'un synopsis la transmission par le corps.
Laurent Pichaud se place dans le continuum de ce courant chorégraphique qui préfère à la formule spectaculaire bien rodée, une remise en question du spectacle lui-même. L'idée n'est pas nouvelle. Déplacer la danse là où on ne l'attend pas pour mieux en saisir ses fondements et le lieu où se joue l'identité du créateur et du spectateur, finit même par relever de ce bon vieux fantasme du mythe originel. Si tant est qu'une idée, même si elle n'est pas nouvelle, nous saute au visage parce qu'elle agit « en frottement » avec ce qui la précède. Celle de Laurent Pichaud ressasse les principes d'une scène désertée par le visible et le frontal, et renchérit sur les déplacement de perception du corps vers une non-danse. Prendre le contre-pied du spectaculaire tel qu'il était reconnu jusqu'au début des années 90, n'est-ce pas faire acte d'une autre forme de spectaculaire qui serait parvenue à s'enferrer dans ses propres codes, son propre public, son propre réseau ? Certes ce mode chorégraphique fait la lie des institutions friandes de se voir étiqueter dans l'avant-garde de la création contemporaine, mais pris dans ce circuit de diffusion, la création devient du même coup incapable de penser autrement ses moyens de production, et d'accéder plus librement à d'autres formes de recherche.
A présent chorégraphe associé au centre chorégraphique de Montpellier, Laurent Pichaud et sa compagnie X sud s'assurent d'autres moyens de création pour s'ouvrir à un travail qui peut se permettre d'évacuer la reconnaissance d'un marché avide de label. A la vue de « land part », deuxième partie du diptyque, l'affaire est prometteuse. Avec ce solo crée en juin 2001 Laurent Pichaud prend possession des lieux à travers un solo qui se nourrit de l'environnement pour en extraire, via sa propre danse, une poésie à la fois sombre et surprenante. Dans le fin fond du hangar de la Ménagerie de verre, le chorégraphe a ouvert toutes les portes jusqu'à ce que le public se retrouve face à face avec la rue. A moitié nu, il se dirige imperturbablement dans ce « décor » de la rue, animé par le passage des gens et des voitures. Sa présence et la nôtre, rendues incongrues par la confrontation avec les regards extérieurs, déplace le sens même du spectacle dans cet instant saisissant de l'éphémère pour en faire jaillir ses aspérités poétiques. Laurent Pichaud y développe un sens précis de l'espace, un mouvement inscrit à la racine même de son corps. Il se joue des environnements sonores et lumineux pour y injecter une charge physique puisée dans la marge. C'est ici qu'on le suit.



Mots-clés : espace, son, chorégraphie, présence
Inséré le : 16/11/2001 00:00
Thèmes : danse,