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Cenizas de Daniel Larrieu
L'âme des choses
Chapeau : La dernière création de Daniel Larrieu, Cenizas, présentée, du 20 au 24 novembre au théâtre de la ville, s'interesse aux traditions populaires, à l'âme des choses.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Daniel LARRIEU chorégraphe
Anne VAN HOVE rédacteur
Texte : Une dizaine de danseurs rentrent en costume mexicain. La procession se referme en cercle, au rythme du même pas cadencé, et d'un même geste délié du poignet. Ainsi débute la dernière création de Daniel Larrieu, fruit de deux résidences, à Mexico (mars 2001) où il se consacre aux danses traditionnelles, et en Géorgie (juin 2001), où il rencontre Rezo Gabriadzé, un maître de marionnettes.
"Cenizas" signifie cendre, ou, ce qu'il reste d'un corps après sa combustion. La symbolique que draîne le mot diffère suivant les pays, les cultures et les individus. Chacun a sa manière de porter l'urne et de fêter ses morts. "Nous lui rendons la vie/En nous faisant penser" signe Mallarmé. . . Se souvenir implique l'acte. L'acte de mémoire, cérémonies, rituels, fêtes, danses. Le balayage est vaste, tant dans la célébration collective que dans l'acte de concervation individuelle. Daniel Larieu entreprend le voyage aux confins de ces âmes disparues,des morts, et des grandes figures révolues dans la mise en scène de danses traditionnelles populaires, de rituels et d'hommages; on y voit Pina Bausch, Jérôme Bel, Léonard Cohen et Janis Joplin. . . Une entreprise d'exhumation honorable mais trop vaste pour tenir une cohérence en une heure dix de spectacle.
Dans des compartiments lisibles, les tableaux s'enchaînent, en alternance de danses collectives et de séquences plus courtes, mettant en scène des individus. Le découpage tient du colage. Danses macabres (post-moderne) et folkloriques, processions commémoratives et sketchs en référence à des vestiges de la danse contemporaine, n'ont de commun que le thème de la pièce.
Entre chacun de ces épisodes, les interprètes déclinent de façon individuelles le mot cendre. Une femme brûle de l'encens religieusement à l'avant du plateau. Ailleurs, des danseurs portent des masques funéraires et traditionnels. Un autre effeuille la marguerite comme on égraine le temps (. . .) La mise en scène théâtrale et décousue de ces liants les rend inopérants et maniérés.
Accolant chants mexicains et géorgiens, mélopée arabo-andalouse, fanfare, airs de notre patrimoine, la partition musicale, même séduisante par instants, est envahissante. Elle décide des différents moments de la pièce, de manière littérale, et en fait des numéros, qui n'ouvrent de piste que celle d'un inventaire froid et ennyueux du mot cendre. N'est jamais atteinte la problématique du carrefour des cultures, ni celle de l'individu et du collectif, qui sont pourtant recherchés.
Lampions et ampoules de couleur dessinent la scène d'une fête populaire, désertée par sa joie. . . La gestuelle, tenue et sage, ne transporte la danse ni dans le territoire de la gaîté, ni dans celui d'un temps suspendu. Si on effleure parfois les cendres du bout des doigts, on ne passe jamais de l'autre côté du tombeau.
Anne Van Hove
Mots-clés : voyage, corps, geste, tradition
Inséré le : 28/11/2001 00:00
Thèmes : danse,