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Des Mickeys décalés

Multi(s)me

Chapeau : Ni théâtre, ni danse, ni performance, Multi(s)me, de Marco Berrettini, est le spectacle sans étiquette d'un jeu de rébellion.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Marco BERRETTINI chorégraphe

Texte : Multi(s)me, du chorégraphe franco-germano-italien Marco Berrettini nous emmène en croisière dans la tourmente de notre océan culturel. Le spectacle dure «2h18 et 46 mn à peu prés». Sur le ton décalé de la dérision, acide et satirique, sur fond de jeu de rôle, la Cie Melk prod, emboîte et déboîte les scènes comme des kits. Ces formes brèves de délires permanents s'enchaînent et se recoupent autour de dénominateurs communs: le retour de personnages et la répétition de certaines tirades. Au final, s'édifie une pièce assez longue, qui tient son énergie sans essoufflement.
Dans des scènes modulables et des rôles interchangeables, le spectacle, déstabilisant à chaque nouvelle élucubration, est jalonné de repères tout au long de son déroulement. Le contexte se décode peu à peu dans l'assemblage des numéros. Celui d'une compagnie de danse au visage d'entreprise où les employés sont des artistes d'art vivant... Une entreprise dite de divertissement, où «face à la mondialisation de tous les marchés, et à la concurrence rude, les danseurs se doivent de trouver un genre nouveau et quelques tours non encore exploités.» S'enchaînent les tentatives grotesques: ils roulent par terre, se contorsionnent, brament, chantent, s'habillent, se déshabillent, se déguisent, donnent dans la non-danse, la danse post-moderne, le slow, le disco. Les danseurs se font les explorateurs de terres déjà foulées, pris au désarroi de ne rien inventer. Sur la surenchère de commentaires off, en marge de cette aventure, ces «clowns lyriques» enragent devant la situation critique: Ce n'est plus possible, cela ne peut plus continuer ainsi! La tendance du journaliste à se mettre en avant scène est aussi visitée, tout comme le statut du public sur lequel vient galoper une Amy Garmon déguisée en chèvre. Le plateau n'est plus un laboratoire expérimental mais les vestiges d'une cage où se seraient débattus en vain des performeurs las et azimutés. Tout est mis à bas, jusqu'à l'entracte d'une minute laissant aux personnes désireuses la possibilité de quitter la salle.
Rangés en quinconce, le groupe de danseurs, affublés du masque de mickey et d'un sweet à capuche taille unique, exécute des pas synchronisés... «La population des artistes du spectacle vivant s'est fait attaquer par le virus Trans. Mutant Mac Mickey, un artefact ravageur»... Sommes-nous tous en phase de devenir des mickeys? La situation devient-elle à ce point critique? D'un savoir-faire abrasif, Marco Berrettini questionne et met à nu la société, le monde de la danse et de l'art en création... Ce qui est tu est outrageusement montré. Tout est à vu, retourné et décapé, du milieu institutionnel de la danse, au danseur (produit d'entreprise), jusqu'au spectateur sans cesse déplacé. Nourrie de fiction, de société, de vivant, La Cie Melk prod. mène une démarche engagée.
Quelle est la sensibilité active de ce jour? Quelle sorte de danse a-t-elle le plus de sens aujourd'hui et quel est son futur?... Interrogations et névroses s'élancent de cette pièce de «divertissement». Mais l'issue est peut-être dans l'image tendre proposée en fin de partie, quand, tout droit sortis d'un rêve absurde et aérien, deux personnages débarquent parmi les névrosés, chaussés de snow-boots et couverts de fourrure d'esquimau...

Date de publication : 01/05/2002


Mots-clés : décalage, détournement, société de consommation
Inséré le : 28/11/2001 00:00
Thèmes : danse,