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D'intermittents en précaires
Alors que le mouvement des intermittents n'a pas dit son dernier mot, de nouveaux fronts se présentent: en novembre était ainsi présenté le projet de loi visant à créer le «revenu minimum d'activité» (RMA).
Au lendemain du coup d'éclat qui a vu les intermittents d'Ile-de-France investir le plateau de Star Academy, et provoquer l'interruption de l'émission-tiroir caisse de Télé Bouygues, Philippe Val écrivait dans Charlie-Hebdo: «Les intermittents, en s'en prenant au symbole du divertissement-business qu'est TF1, touchent au cœur du problème. La rage de tout transformer en parts de marché rend le monde insupportable. Ces manifestants d'un nouveau type sont les apôtres de l'incalculable, sans lequel la vie n'est plus qu'une mécanique qui se grippe. (...) Le conflit des intermittents ouvre le premier grand débat politique du XXIe siècle: la place du bonheur dans les pages financières qui prétendent indiquer la direction que doivent prendre nos vies» (1). Dans un texte long et dense, c'est aussi ce que proclament les signataires du Collectif 53 (Miguel Benasayag, Mathurin Bolze, Sylvie Blum, Carmen Castillo, Mary Chebbah, Jean-Baptiste Eyraud, Valérie Lang, Maguy Marin, Stanislas Nordey, Julie Paratian, François Tanguy et François Verret), qui se qualifient de «surnuméraires»: «Ce monde unifié, qui est un monde devenu marchandise, s'oppose à la multiplicité, aux infinies dimensions du désir, de l'imagination et de la création. (...) Peu à peu, nos sociétés de la tristesse et de la discipline ont construit un quotidien dans lequel la seule chose qui importe est le bénéfice, le bénéfice économique. Ainsi, tout travail, toute activité, n'a plus que ce seul objectif: le profit. Produire des marchandises, et le travail réel que cela implique, devient pénible, trop long, pas assez efficace. L'argent de la spéculation «crée» une autre circulation monétaire où l'argent même n'a plus d'existence, argent virtuel, travail virtuel, vie virtuelle.
Les corps que, bien entendu, on continue à utiliser pour surproduire, seront dorénavant cachés, délocalisés, sans lieu. À la surproduction de l'irrationnel néolibéral correspond la misère de celui qui la produit. Pour nous, l'objectif du travail continue naïvement à être la création. Nous sommes en ce sens-là, des «archaïsmes» pour le système. (...) Nous, nous disons qu'ils s'attaquent au fondement de notre travail: le lien social, qui est la condition sine qua non de la création artistique. (...) Ce sont ces liens de solidarité, ces liens sociaux qu'ils attaquent à travers nous.» (2)
(1)Philippe Val, Charlie-Hebdo, 22 octobre 2003
(2)Le texte intégral du Collectif 53 est disponible sur le site de mouvement
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2003-10-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : intermittence, précarité, emploi,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Stanislas NORDEY (metteur en scène), Maguy MARIN (chorégraphe), Philippe VAL (journaliste), Jean-Pierre RAFFARIN (ministre),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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