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Intermittents: on continue!
6 janvier 2004
L'entrée en vigueur au 1er janvier de la réforme du régime de l'intermittence ne met pas fin à un mouvement qui trouve désormais écho au sein de l'Assemblée nationale, et jusque dans les rangs de l'UMP
Sur un site internet qu'elle vient de créer tout exprès, l'Unedic (désormais présidée par le Medef) proclame qu'elle n'a pas vocation à offrir un revenu de complément à ceux qui veulent vivre de leur passion. Sous-entendu: alors que l'intermittence offrait, bon gré mal gré, la voie d'une professionnalisation à de nombreux artistes, l'Unedic estime que la culture doit redevenir, pour ceux qui voudraient s'y exercer (et en dehors de quelques élus dignement «starisés»), un simple «hobby». Par exemple: livreur de pizza la journée, comédien le soir; concierge en semaine, musicien le week-end. Ou encore, selon un «exemple» que donne une brochure destinée à tous les intermittents de France, metteur en scène de spectacles pour enfants joués pendant les vacances de Noël dans «de petits théâtres intimistes» et, pour gagner sa croûte, animateur free-lance de sessions de formation à la bureautique! On ne rêve pas: c'est écrit noir sur blanc.
De telles amabilités laissent aisément prévoir ce que sera l'attitude du Medef lorsqu'il s'agira, dès 2005, de renégocier l'ensemble des conventions de l'Unedic. On verra alors que la réforme de l'intermittence, décidée le 27 juin 2003, n'était qu'un premier palier vers un démantèlement de ce système unique d'indemnisation du chômage, initialement pensé pour compenser les spécificités de professions à emploi discontinu! D'autant que les nouvelles règles, entrées en vigueur depuis le 1er janvier dernier, ne vont en rien permettre de réduire le soit-disant «déficit» de ce régime d'indemnisation, tout au contraire. Et que les «abus» dans l'utilisation de ce régime (qu'il eut mieux valu qualifier d'infractions au code du travail) vont continuer de plus belle de la part d'employeurs peu scrupuleux, notamment dans la production audiovisuelle commerciale...
Bref, l'entourloupe est totale. Et en dépit des annulations festivalières, des manifestations continues et des protestations quasi unanimes des organisations professionnelles représentatives des milieux culturels, les signataires de l'accord du 27 juin (principalement le Medef et la CFDT) sont restés inflexibles, le gouvernement a agréé sans état d'âme, et le président de la République est resté sourd et muet à l'ultime demande d'arbitrage qui lui avait été adressée en fin d'année. Ce qui ne manquera pas de laisser des traces profondes. Ainsi, jamais depuis Maurice Druon, un ministre de la Culture n'avait été à ce point disqualifié auprès de ceux qu'il est censé représenter au gouvernement. Et même les quelques carottes financières que promettait Jean-Jacques Aillagon aux milieux du spectacle vivant n'ont pas résisté au collectif budgétaire décrété pour 2004 par Jean-Pierre Raffarin. On ne voit pas très bien, dans ces conditions, comment le ministre de la Culture pourrait reprendre la main...
Dans l'immédiat, si la réforme signée le 27 juin est effectivement entrée en vigueur ce 1er janvier 2004, les intermittents n'ont pas remisé pour autant leur détermination, comme en a témoigné la brève mais spectaculaire occupation de la Villa Médicis à Rome en toute fin d'année. La plupart des coordinations mises en place depuis cet été demeurent actives et mobilisées. À Paris, la Coordination des intermittents et précaires d'Ile-de-France est ainsi installée dans un petit immeuble de bureaux, à proximité de La Villette.
Enfin, le mouvement des intermittents a enfin trouvé un premier débouché politique significatif avec la constitution d'un «comité de suivi» à l'Assemblée nationale, auquel participent des élus de l'opposition, mais aussi de l'UDF et même de l'UMP. Au sein même de la formation politique de Raffarin et Aillagon, certains élus locaux et régionaux ont fait connaître leur préoccupation et leur désir de revenir, par la voie législative, sur l'accord intervenu au sein de l'Unedic. C'est dire que la partie est loin d'être terminée...
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2004-01-07
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : réforme, lutte, intermittence,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Jean-Jacques AILLAGON (ministre de la culture), Jean-Pierre RAFFARIN (ministre), MEDEF (syndicat),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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