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«Je dis du bien parfois»




De retour des Feux d'hiver au Channel de Calais, le directeur du Théâtre de l'Unité, réputé pour ses chroniques caustiques, est cette fois-ci enthousiaste. Avis aux amateurs: cette première «chronique» à être reprise par mouvement.net ne sera peut-être pas la dernière...


Jacques Livchine, directeur du Théâtre de l'Unité et pionnier du «théâtre de rue», est réputé pour son humour espiègle et caustique. Cet été, tandis qu'il prenait part au mouvement des intermittents, notamment à Avignon et Châlon-sur-Saône, nombre de ses bafouilles ont joyeusement circulé sur les «mailing lists» des coordinations d'intermittents. Des «messages» comme autant de chroniques tantôt révolutionnaires, tantôt désabusées ou piquantes, mais toujours stimulantes.
Après avoir dirigé la Scène nationale de Montbéliard, Jacques Livchine a posé les valises du Théâtre de l'Unité à Audincourt, dans le Doubs. Sans attendre les «Assises nationales sur le spectacle vivant» un temps annoncées par le ministère de la Culture, le Théâtre de l'Unité y a organisé ses propres contre-assises, collectant de formidables «doléances citoyennes» sur la place de la culture et le rôle qu'un ministère du même nom devrait être amené à jouer.
En cette fin d'année 2003, Jacques Livchine était à Calais, où la scène nationale du Channel, installée dans d'anciens abattoirs municipaux, invitait en période de réveillon la population locale à de réjouissants Feux d'hivers (lire dans cette même édition de mouvement.net la chronique de Naly Gérard sur la création circassienne de Le Guillerm). Ce n'est pas du copinage: une fois n'est pas coutume, Jacques Livchine dit du bien. Et cela fait du bien de l'entendre. D'autant que, pour y avoir participé en octobre dernier à une rencontre-débat sur l'intermittence, je peux attester qu'il règne pour le moins, au Channel, une «ambiance» qui tranche effectivement avec certains standards plus guindés!
J-M. A.

«Tous les voeux m'emmerdent cette année.
Franchement, sincèrement.
Je les sens vides de sens comme jamais, même indécents la plupart. Et puis dans le temps, il y avait encore de la sensualité avec le timbre, l'enveloppe fermée avec la lèchure de la langue. Mais là, les mailing lists, et vas y, clic clic.
Et puis il y en a qui mine de rien, te font un soupçon de promo et te jettent leurs dates au visage. Ils ne se rendent même pas compte que dès que tu hausses un peu la barre, tes dates diminuent de moitié ou de trois quarts, et qu'étaler ses dates n'est pas une vraie preuve de bonne santé artistique.

Là n'était pas le but de ma présente missive écrite un Davidoff au bec.
Je voulais dire du bien du Channel de Calais.
Pour une fois, j'ai envie de dire du bien, c'est si rare.
Parce qu'il est important de savoir qu'une scène nationale peut être un vrai lieu d'art, de poésie, de rencontre, de vie. Ce n'est pas du domaine de l'utopie.
Là, j'ai vu ce dont j'ai toujours rêvé: toutes classes mêlées franchissant la grille des abattoirs et se promenant au milieu des machines du grand répertoire, réchauffées par les rampes à gaz du groupe F.
Non la culture ce n'est pas automatiquement ces lieux intimidants glacés réservés aux classes cultivées.
Le Channel est installé dans les anciens abattoirs de Calais, les parties refaites ne sont pas du genre restauration municipale proprette.
C'est pas l'ambiance festival non plus. Ce sont les gens de la ville qui viennent avec leurs gosses et même les beaux parents parfois.
Ils viennent voir les cousins, ou Bonnafé, ou le Guillerm, ou l'Unité, Ils remplissent les salles. (les places sont à 3€)
La presse, les télés, ignorent le Channel (Il y a eu quelques lignes de présentation dans Libé -attachée de presse oblige). Mais pas de vrai reportage.
Quand on compare ça à l'esbroufe de Lille 2004, et de son raz de marée médiatique, on se pose des questions sur la probité de la presse culturelle.

Je ne crois pas que Jack Lang, député du coin, soit venu. Soyons honnête, Aubry s'est tout de même fendue d'une visite. Tous les élus en charge de culture devraient pourtant faire ce détour.
Donc la culture cela peut vraiment exister autrement. Le théâtre de rue peut vraiment co-habiter avec l'autre théâtre.
Il n'y a même pas besoin de grand débat national sur la culture, il suffit de savoir qu'à Calais, existe ce que l'on voudrait voir un peu partout en France sous une forme non clonée, bien sûr mais avec la même éthique de service public, avec la même philosophie, la même approche de diversité, la même emprise sur la ville.
Francis Peduzzi, le directeur (pas celui de la villa Médicis) est un poète à sa manière, il n'a rien du programmateur classique, il entretient avec les artistes une relation critique, affective, il est omniprésent, les accompagne. (Je crois qu'il a vu Le Guillerm tous les soirs sans exception).
Il a de plus une équipe en or.
Un lieu comme le Channel, nous fait entrevoir de l'espoir, et du désespoir aussi, parce que les instances de légitimation de la culture dans notre pays ne semblent pas lui prêter l'attention méritée. Voyez, monsieur Janelle, cela m'arrive de dire du bien. (C'est le directeur
de l'Onda qui ne voit en moi qu'un nihiliste destructeur)
».

Jacques Livchine est directeur du Théâtre de l'Unité, Audincourt


Jacques LIVCHINE, Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2004-01-07

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : billet d'humeur
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : culture, festival, morale,
Artiste(s) : Jacques LIVCHINE (auteur), Jacques LIVCHINE (rédacteur), Jacques LIVCHINE (directeur de structure), Francis PEDUZZI (directeur de structure), Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir : http://www.theatredelunite.com