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L'imaginaire des mondes exilés


Entretien avec Arjun Appadurai



Pour Arjun Appadurai, la globalisation induit l'émergence de nouveaux territoires ethniques et culturels; elle construit des identités mixtes et complexes et révèle de nouveaux imaginaires.


L'anthropologue d'origine indienne Arjun Appadurai mène depuis quinze ans des recherches tournées vers le phénomène de mondialisation, de globalisation. Contrairement à beaucoup, il n'aborde pas cette question sous l'angle strict de l'économie, du marché. Il cherche à mettre en avant la manière dont naissent de nouvelles organisations sociales. La culture mass médiatique comme les nouveaux médias n'apparaissent pas tant comme des instances de manipulations idéologiques du grand capital que comme de nouveaux référents. Elle constitue les ferments d'un nouvel imaginaire social qui fait fi des frontières, offre un nouvel ancrage à de nombreuses revendications identitaires, culturelles et ethniques et permet l'émergence de nouveaux modes de revendication ou d'action politiques. C'est donc une réelle pensée des mouvements que développe Arjun Appadurai, des mouvements globaux et/ou locaux qui sont conjoints ou disjoints, c'est-à-dire qui travaillent ensemble ou au contraire s'opposent pour créer des réalités d'une complexité accrue. L'exil, la migration, ne sont pas des phénomènes auxiliaires ou marginaux, ils constituent le nœud de l'analyse. Cette appréhension dynamique de la mondialisation permet d'opposer à l'idée préconçue de l'homogénéisation du sensible, une diversification de plus en plus importante des identités culturelles, celles-ci pouvant s'exprimer, dans le pire des cas, sous la forme de violences ethniques d'un nouveau genre.
Léa Gauthier

Principalement axé sur la question des dimensions culturelles de la globalisation, votre travail marque une certaine rupture dans les théories sociales: les flux de la culture globale sont ici envisagés comme des compositions d'instances complexes, imbriquées, disjonctives qui n'autorisent aucune appréhension homogène. Alors que la tradition marxiste a considéré que ces flux étaient en dernière instance déterminés par les flux du capital, vos recherches insistent sur le rôle majeur des migrations massives et -- d'une manière aussi décisive -- des nouveaux médias. Qu'est-ce qui justifie cette accentuation particulière?
Le processus de la globalisation a radicalement changé les relations entre subjectivité, localisation, identification politique et imaginaire social: c'est la principale raison pour laquelle il me semble indispensable de mettre ces flux en avant. Comme je le constate effectivement dans Après le colonialisme, les conséquences culturelles de la mondialisation, les images en mouvement rencontrent aujourd'hui des publics mobiles. Par conséquent, les théories qui s'appuient sur une stabilité spatiale, territoriale, associée à une économie, une société et à une subjectivité loupent inévitablement la question de la circulation des personnes, des images (celle des mass médias) et des discours. Ces circuits ne sont pas parallèles ou isomorphiques aux conceptions géographiques traditionnelles. Même ceux qui soutiennent les meilleures analyses marxistes du capital global ne parviennent pas à saisir les flux disjonctifs repérés dans la migration et la médiatisation de masse. Je suis convaincu que les flux du capital global sont une part active de la machinerie qui génère ces disjonctions, mais je ne pense pas que, sous cet angle, nous avons une image adéquate des dynamiques du capital contemporain, spécialement du capital financier global.



Léa GAUTHIER,
Publié le 2003-11-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : mondialisation, culture, violence, média, économie, état,
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), Arjun APPADURAI (anthropologue),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir : http://www.translocation.at