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Pas de refuge pour Cassandre
Le metteur en scène Jacques Delcuvellerie interroge inlassablement l'inhumanité dont les hommes font continuellement la preuve: sa pièce Rwanda 94 en est le plus terrible témoignage. Il accepte ici d'écrire pour Mouvement en questionnant les «motifs» de l'exil
Asile, sanctuaire, refuge, un très ancien signe de civilisation, d'humanisation, d'humanité, au sens plein. Un signe qui tend à s'effacer. Qu'il soit dit économique ou dit politique, l'étranger réfugié chez nous se confond de plus en plus avec le clandestin. Quand le globe se divisait encore en deux camps, accueillir un réfugié participait de la lutte et démontrait la supériorité d'un système sur l'autre. Hier, un dissident albanais était bienvenu, aujourd'hui un travailleur albanais est un délinquant à expulser «chez lui». Et nous, indigènes européens de ces terres encore si convoitées, où irions-nous si d'aventure elles nous devenaient invivables?
Nous vivons dans un monde à présent dominé par une seule superpuissance, avec une hégémonie de pouvoir inconnue jusqu'ici dans l'histoire, sans aucune commune mesure avec les empires précédents. Empire dirigé par un pantin, certes, mais qui représente effectivement les intérêts des véritables maîtres de la planète, et qui a non seulement déclaré qu'il représentait les forces «du Bien» contre celles «du Mal» mais conjointement souligné que quiconque n'était pas avec lui était contre lui et serait traité comme tel, en ennemi dans une guerre. Menaces suivies d'effets, comme nous le savons tous. Les tensions extrêmes de la société contemporaine, dont le 11 septembre 2001 a permis qu'elles se «résolvent» désormais par la guerre, la répression accrue, la restriction toujours croissante des libertés et de la protection de la vie privée, aux USA d'abord, (1) en Europe de plus en plus, ces tensions ne vont pas diminuer -- au contraire, Le Monde Diplomatique (entre autres) en dresse chaque mois un état chiffré ou non qui fait frémir.
30000 enfants par jour continuent à mourir de faim. Les lois économiques qui les tuent sont aussi précises et connues que celles de la balistique si on les fusillait. Au sommet de cette pyramide de cadavres, de violences, et de relative prospérité pour un nombre restreint de pays qui ne vivent que dans la terreur d'une récession brutale: l'État impérial. Il compte le plus grand nombre de milliardaires mais aussi la dette publique la plus importante, le plus grand nombre de tués par armes à feu, le plus grand nombre de viols, le plus grand nombre d'enfants victimes de mauvais traitements, le plus grand nombre d'homicides sur des mineurs de moins de quinze ans... le plus faible pourcentage de participation aux élections.(2)
(1) Cf. sur ce sujet notamment La fin de la liberté. Vers un nouveau totalitarisme de Gore Vidal, Rivages, 2002.
(2) Sur les méfaits de l'administration Bush dans le domaine de la protection sociale, des soins de santé, de la destruction de l'environnement et des réserves naturelles, etc. cf. Michael Moore, Mike contre-attaque, La Découverte, 2002.
Jacques DELCUVELLERIE,
Publié le 2003-11-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : politique,
Mot(s) Important(s) : réfugiés, Etats-Unis, société, exil,
Artiste(s) : Jacques DELCUVELLERIE (rédacteur), Jacques DELCUVELLERIE (metteur en scène), Bertolt BRECHT (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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