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«Danser»: la force politique d'un infinitif




Dans ses dernières créations, la chorégraphe Maguy Marin impose par la maturité du style une authentique charge politique: quand la revendication de la forme échappe


Dans ses trois derniers travaux, Pièces détachées, Points de fuite, Les applaudissements ne se mangent pas, Maguy Marin plonge immédiatement au cœur de la question de ce qu'est danser. Les variations se superposent et se compliquent, et reléguant la danse à l'arrière-plan, saisissent des forces du présent et font ressortir les puissances d'un infinitif, danser. Le mode ne compte que pour ce qu'on peut en faire de nouveau, en saisissant l'occasion -- politique -- des présents infinis qui lui font face: danser n'est plus alors une technique qui s'arrêterait à la représentation et à la mise en scène des complexités qui la fondent historiquement -- son inactualité--, mais une machine opératoire qui engendre et gère son présent -- son actuation.
C'est que Maguy Marin se situe d'emblée au milieu d'une tension qui échappe à tout le fatras des mythologies, des revisitations, des justifications. Dans Points de fuite, la profération violente des fragments de Péguy, bien que l'on puisse penser qu'elle joue ce rôle d'ouverture, est, de fait, déjà prise dans la matière de la danse; elle se constitue sur le champ en tant qu'élément moteur offensif déclenchant un système d'affrontements et de vitesses. Ces fragments, tout en gardant leur liberté de signification et de portée, creusent et recreusent la langue, jouent tout au plus un rôle de contrepoint sonore, c'est-à-dire qu'ils s'intègrent à la tessiture musicale et à la texture physique, en se nouant avec elles et en laissant surgir un support d'où naissent les postures et les gestes des corps. C'est placer la langue dans sa ponctuation -- dans son punctum dolens, dans sa poncture --, c'est convoquer la musique et la danse dans ce discours, c'est faire danser la langue, la musique et la danse sur le même tempo. Et la musique de Denis Mariotte n'est plus un simple support logistique: dans la force qui lui est propre, elle vrille exactement tous les mots du danser, plonge sa création dans des dynamiques d'élan et dans des attentes d'explosion, comme autant de chocs sonores, de retentissements d'un nouveau monde à interroger par la fragmentation symphoniale qui reconstitue et relâche, continuellement, en martelant, non pas ses mélodies, mais ses pulsions, l'ensemble de ses vibrations organiques.


Jean-Paul MANGANARO ,
Publié le 2003-11-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : réel, corps, mouvement,
Artiste(s) : Jean-Paul MANGANARO (rédacteur), Maguy MARIN (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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