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Retour au générique
Dans ses photographies, ses livres ou ses performances, Édouard Levé met en abyme les codes réalistes de la représentation. Il ouvre la brèche de la fiction en orchestrant un retour générique au langage.
«Météo: Des perturbations actives circulent dans un flux rapide d'ouest sud-ouest. Les pluies et le vent sur le quart nord-ouest sont soutenus. L'anticyclone centré sur le sud protège les régions les plus méridionales, où le soleil s'impose. Nuages bas et bancs de brouillard dans le centre. Le soleil s'impose ensuite sur l'ensemble de la région. Les températures atteignent neuf à treize degrés».
Ce bulletin météorologique est l'une des notices du Journal d'Édouard Levé. Un journal dépourvu de toute subjectivité. Un texte qui ne dit rien de l'actualité, hors du temps. C'est un anti-journal, qui est pourtant la quintessence de l'art du journal: une mise en scène d'un méta-langage journalier. Qu'il publie des livres, qu'il édite des photographies ou orchestre des performances, Édouard Levé est un artiste du générique, de l'élémentaire. Le temps qu'il déploie est plat, an-historique et terriblement contemporain. Dans sa langue, les mots sont ceux de la simplicité, du banal; des mots quotidiens assemblés dans des phrases courtes, presque blanches. Dans ses images, le cadrage est toujours classique, le décor est effacé, le motif pré-textuel. Tout y est parfaitement artificiel, tout y est rigoureusement théâtralisé. Les choses peuvent être réalisées, concrètes ou bien rester virtuelles, simplement imaginées. Il écrit Œuvres, un recueil de textes-mode d'emploi pour artiste contemporain. Œuvres est un Vade-mecum, un jeu avec les possibles qui se moque de la concrétisation et défie, avec humour, la réalité. Le livre est l'espace d'une langue qui se mord la queue, qui tourne à vide; c'est un pur fac-similé des codes de la représentation contemporaine, sans chair ni émotion. Il prend à contre sens l'art de la description en rendant compte de choses qui n'existent pas. Il déploie le plus strict des formalismes. L'artiste recycle, épure, déplace, contourne.
Léa GAUTHIER,
Publié le 2003-11-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : art contemporain,
Mot(s) Important(s) : journal, photographie, inconscient,
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), Edouard LEVE (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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