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La diversité culturelle dans le collimateur américain




En reprenant pied à l'Unesco, les États-Unis veulent surtout s'opposer au projet de convention sur la diversité culturelle, qui doit être élaboré d'ici à 2005.


Depuis 1984, les États-Unis avaient déserté l'Unesco, s'abstenant du même coup de payer leur quote-part au fonctionnement de l'organisation internationale. L'épouse de George W. Bush est venue à Paris, fin septembre, manifester l'intention américaine de réintégrer l'Unesco. Les 610 millions de dollars que les États-Unis devraient apporter à son fonctionnement pour 2004-2005 ne sont certes pas négligeables. Mais la sollicitude américaine n'est guère philanthropique! En reprenant pied à l'Unesco, les États-Unis veulent surtout s'opposer au projet de convention sur la diversité culturelle, qui doit être élaboré d'ici à 2005. Cette convention, qui ferait suite à une déclaration adoptée à l'unanimité en 2001 à l'Unesco, proclamerait le droit des États à mener des politiques culturelles, à soutenir et à protéger la production dans ce domaine. Dès lors, la spécificité des biens et des échanges culturels s'imposerait en droit, y compris à l'OMC. Car, comme le déclarent Monique Gagnon-Tremblay, vice-premier ministre, et Line Beauchamp, ministre de la Culture du gouvernement du Québec, «nous avons retenu une leçon importante des négociations entourant l'ALENA (accord de libre échange nord-américain) : la simple et stratégique omission de la culture, dans les grands accords commerciaux, ne suffit pas à protéger celle-ci, au contraire.» C'est bien pourquoi les États-Unis, pour lesquels la culture représente le premier poste d'exportation, sont résolument hostiles à toute convention contraignante sur la diversité culturelle. Depuis l'élection surprise en 1999 de Koichiro Matsuura (lié à la très sulfureuse fondation Sasakawa (1)) à la tête de l'Unesco, plusieurs hauts fonctionnaires de l'Unesco parlent de « chasse aux sorcières » et une centaine de postes ont été supprimés au nom de la « bonne gestion ». Les États-Unis, s'ils n'arrivent pas les mains vides, ont d'ores et déjà posé certaines conditions : l'obtention de certains postes clés, un directeur général adjoint et un directeur de la communication. La diversité culturelle est bel et bien dans le collimateur.

(Sources: Le Monde, 30 septembre 2003 ; L'Humanité, 14 octobre 2003)


(1)La fondation Sasakawa est le principal donateur privé des institutions internationales. Son créateur, Ryochi Sasakawa, s'est enrichi par les pillages de guerre en Corée, la prostitution et les jeux. Suspecté d'un rôle très influent dans la mafia japonaise, il se targuait, peu avant sa mort en 1995, d'être «le fasciste le plus riche du monde».


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2003-11-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : Etats-Unis, culture,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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