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Politique de l'espacement

Nouveaux lieux

Chapeau : Pour Jean-Louis Déotte, philosophe et esthéticien, «on ne peut faire l'impasse pour l'art, en son régime esthétique, de surgir au sein d'une institution».

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 15

Jean-Louis Déotte photographe
Jean-Louis Déotte philosophe

Texte : Que peuvent avoir en commun les projets du palais de Tokyo (site de création contemporaine) animé par Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans et celui du Plateau, sis à proximité des Buttes-Chaumont, promu par Éric Corne? Les dimensions, les vocations, les appuis ne sont pas comparables: le palais de Tokyo débarrassé de ses décors fatigués par les pioches destructrices de ce qui aurait dû être un «palais du Cinéma» a été rendu à sa beauté essentielle après être passé par le stade de la friche industrielle. À l'intérieur de l'enveloppe architecturale «néoclassique» qui aurait bien pu devenir l'exemple français d'un style international totalitaire, les fonctions d'exposition sont efficacement servies sans ostentation fonctionnaliste. Reste que tout n'y sera pas possible: il en va de même pour le palais de Chaillot, improbable musée de l'Architecture. La monumentalisation voulue de la masse dans les années 30 ne pouvait promouvoir qu'un art héroïque, celui de la mobilisation totale théorisée en Allemagne par Jünger («Le Travailleur»). Cette héroïsation, de l'art et par l'art, restera le défi de tout ce qui viendra s'y exposer.
Tout autre est le projet du Plateau: modeste, mais le produit d'une victoire de voisins contre le bétonneur mondial. L'époque n'est plus à l'architecture artisanale mais à l'industrialisation de l'architecture, celle de l'ingénieur et de son bureau d'étude, comme on est passé de l'image analogique à l'imagerie industrielle («L'Image numérique: la production industrielle de l'image. Critique de l'image de synthèse», Michel Porchet, 2002). Le nouveau centre pour les arts contemporains est le produit d'un coup de force, s'enfonçant en coin contre ce qui aurait dû être un condominium: un quartier réservé aux classes moyennes, clos sur lui-même selon l'idéal sécuritaire d'aujourd'hui, sans rues, sans espaces ou fonctions publics. L'association de quartier qui a voulu le centre d'art a cassé la logique de l'entre-soi du projet initial: elle a introduit de l'espace et de la différence en imposant des rues et des places. Bref, elle a fait travailler l'entre, l'espacement, sans lequel il n'y a pas d'exposition de chacun face à chacun, donc pas de politique possible. Le contraire d'une massification par le monumental et d'une privatisation de tout ce qui était alors commun. Belleville était jadis parcouru de mille passages et les «villas» elles-mêmes -ces lotissements populaires- doublaient le maillage des rues. Mais c'était le Belleville de la Commune. Eric Corne parle aujourd'hui d'une citoyenneté de proximité. S'il ne faut pas abuser de l'adjectif citoyen, le risque étant, comme l'a montré A. Brossat («L'Animal démocratique. Notes sur la post-politique», 2000), de moraliser toute conduite publique, voire sociale et au pire, enfantine, il n'en reste pas moins qu'il n'y a pas d'espace politique sans politique de l'espacement. L'urbanité est bien la condition de la communication politique: il ne s'agit pas d'un face à face entre des vies «nues», mais, réquisitionnant l'architecture et l'urbanisme, d'un appareillage spatial des existences parlantes. Le centre d'art du Plateau devrait donc s'ouvrir sur une place Hannah-Arendt et la politique artistique aller de pair avec la réflexion philosophique.
L'art n'est rien sans l'institution
Les deux projets veulent, selon des finalités et des moyens spécifiques, renouer avec l'«effervescence de la scène parisienne des années 20 et 30», «désenclaver l'art», bref que la capitale retrouve son rang artistique en accompagnant des oeuvres dont l'importance s'affirme peu à peu. Une fonction de passerelle entre ce qui devrait être la tâche des galeries et les grandes institutions culturelles internationales. L'étonnant, pour l'observateur de la vie culturelle française, c'est que tous les dix ou quinze ans, on réclame ardemment, et l'on obtient quelquefois de nouveaux lieux pour l'art contemporain. Le désert français des années 60-70 a rendu incontournable ce chef d'oeuvre qu'est le bâtiment de Rogers et Piano, lequel n'a pas répondu au projet politique qui le sous-tendait (J. Lau

Date de publication : 01/01/2002


Mots-clés : musée, art, perception
Inséré le : 02/01/2002 00:00
Thèmes : arts plastiques, esthétique, institutions,