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Visser ou dévisser, le tout est de glisser




Improvisations de Sasha Waltz ou mécanisations de Janei. Et le spectacle continue au Presqu'îles de danse.


Les Suisses Metzger/Zimmermann/de Perrot ont fait exploser le baromètre de la curiosité enthousiaste, au cœur du pléthorique plateau réuni pour un Samedi à la Ferme du Buisson par les Presqu'îles de danse. Ces trois artistes signent de leurs trois noms, tout autant qu'ils réussissent à un niveau peu égalé l'intégration de leurs talents respectifs dans les arts du cirque, de la danse et de la musique électronique.
Mais on parlera plus volontiers, dans leur cas, d'interdisciplinarité, avec ce que cette notion a d'un peu technique, que d'indisciplinarité, avec ce que cette notion a de remuant et de dérangeant. Car la pièce Janei, créée ce soir-là présente toutes les caractéristiques d'une machine scénique irréprochablement efficace.
Une fois n'est pas coutume, commençons par la musique: sur ses platines, Dimitri de Perrot rappelle, désormais quasiment hors saison, tout ce que la musique électronique peut permettre de sculpture d'un espace-son global, mouvant, profond. Cela sied à un genre de spectacle qui se veut un tout.
Une fois n'est pas coutume, préoccupons-nous ensuite très vite du décor. Soit un mur mobile, qui, sur des rails, n'a de cesse de balayer le plateau de fond à front de scène, sa haute paroi venant finir sa course au ras du premier rang des spectateurs, ou à l'inverse dégageant toute une respiration de l'espace. Mais ce mur est entièrement constitué de panneaux mobiles, portes battantes ou coulissantes, volets, tiroirs et trappes.
C'est avec cette machine, plutôt drôle, que nos trois compères livrent une bataille savante: abandonnés à la chute, ou l'escaladant, se laissant repousser ou se faufilant, pratiquant l'esquive ou l'affrontement, la poussée ou la course, patients ou fulgurants, acrobates ou rêveurs, circonspects ou déterminés. Et ça fonctionne, dans un jeu saisissant de théâtre physique, dont la prouesse est heureusement compensée par une qualité de présence flottant entre absurde et grincement. C'est quelque chose de trouble, car enfin certains des mouvements ne sont pas sans risques physiques très réels, la paroi mouvante n'est pas sans sa dimension inquiétante, ni les relations ne glissent dans des soupçons de domination, pour ces trois êtres malicieux hébétés. Comme un risque de désarticulation aux prises avec une machine-monde.
Bref, beaucoup d'intelligence donc, mise à visser un spectacle, et dont on espère qu'elle conduira ce trio à mieux savoir conclure, comme à éviter les effets de revenez-y et autre esprit de trouvailles. A cet égard, dans ces mêmes colonnes, David Bernadas ne s'est pas trompé en montrant comment Un spectacle avec première annoncée, de Tiago Guedes au Théâtre de la Bastille, exceptionnel moment de poésie contemporaine, ouvre une toute autre perspective dans la confrontation à l'objet, sur le mode d'un sobre et émouvant partenaire sémiotique.
Puisqu'on reparle, par ce biais, des nouvelles tendances, revenons à la Ferme, pour consigner le grand mouvement de clôture nocturne, que furent les Dialogues de Sasha Waltz, avec Boris Charmatz en vedette française invitée. Soit une mise en œuvre des principes d'improvisation, où l'on dévisse les règles, mais ce soir-là dans un décorum peu usité de grande salle à grand plateau et public fourni à un horaire de choix. Les danseurs ont rejoué la brûlure de la présence immédiate avec une intensité convaincante.
Pourtant, hormis une danse à se fracasser les genoux tel un Russe amputé, et une pavane de Charmatz en robe et traîne de papier froissé dans l'instant -l'important, c'est de glisser- on retiendra finalement plutôt la musique, elle aussi improvisée, et plus largement les jeux sonores, comme les plus inventifs. Tant il devient par ailleurs un sujet de réflexion, voire de préoccupation, de constater qu'une fois de plus ce soir-là, le jeu de déshabillage sur scène, dans une version panpan cucul, a paru vouloir constituer un horizon extrême de l'audace chorégraphique.
Le nu pourrait finir par être nu.


Gérard MAYEN,
Publié le 2004-01-22

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : musique électronique, pluridisciplinarité, création,
Artiste(s) : Gérard MAYEN (rédacteur), Gregor METZGER (chorégraphe-interprète), Martin ZIMMERMANN (chorégraphe-interprète), Sasha WALTZ (interprète), Boris CHARMATZ (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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