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Le club des cinq
L'Union des Théâtres de l'Europe inaugure une politique éditoriale de textes dramatiques. Pour l'instant, cette collection reste à diffusion restreinte et ne concerne que des auteurs établis dans les années cinquante.
L'Union des Théâtres de l'Europe (U.T.E.) vient de diffuser à deux cent cinquante professionnels cinq textes traduits dans cinq langues (allemand, anglais, espagnol, français, italien) et écrits chacun dans «des langues dites “minoritaires“». L'expression se réfère sans doute au devenir-minoritaire deleuzien qui visait à repérer le style capable de faire parler l'obscur avec les outils de la langue commune. Mais parmi les cinq auteurs élus, seule la Finnoise Eeva-Liisa Manner et le Roumain Dumitru Solomon ne déméritent pas.
Orange brûlé de la première développe le thème de la schizophrénie d'une jeune fille, Marina, qui copinerait sans doute illico avec Laura dans la Ménagerie de Verre. Le personnage présente l'avantage dramaturgique de parfois parler à l'envers, ou grommelos. Son psychiatre qui a parlé ainsi dans son enfance, peut entrer en rapport avec elle. La différence, cruciale, c'est que Marina subit la perturbation linguistique tandis que lui en joue comme d'une stratégie. Il est maître, elle est objet. Le dénouement laisse indécidable de savoir si ce médecin qui psychanalyse sauvagement Marina, la fait basculer dans la folie, ou si ce passage était fatal. Eeva-Liisa Manner (1921-1995) fut une auteur reconnue et une grande traductrice. Son écriture est fidèle à cette sensibilité nordique qui court de Strindberg à Jon Fosse. Le quotidien y est perméable à l'étrange, au mythique, ici à travers la résurgence d'une figure de femme-cheval/déesse mère couleur orange brûlé qui hante Marina.
Avec Dumitru Solomon (né en 1932) le lecteur retrouve la sensibilité à l'absurde propre aux auteurs de l'Europe de l'Est. Dans L'arme secrète d'Archimède, outre de pousser son eurêka dans la baignoire et de peser la couronne du roi, Archimède aide à repousser les Romains venus envahir Syracuse avec ces miroirs. Il invente aussi une arme secrète en l'espèce d'un coquillage qui répète les pensées de celui auprès de qui il est placé. Le savant incarne de façon ambiguë à la fois un nimbus et un philosophe inspiré, qui finit par détruire le coquillage malicieux. La dramaturgie est fondée sur le burlesque (ce sont les objets qui déclenchent les événements scéniques) et les personnages deviennent crédibles à n'être que suggérés sous leurs ridicules. Dumitru Solomon est à l'affiche de la plupart des scènes roumaines, il a été joué en Pologne, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Lettonie, et a fait l'objet d'une diffusion à Radio-France.
Hormis ces deux textes, l'ambition de la collection 5X5 est prise de court. L'U.T.E. n'est pourtant pas une petite association. Fondée en 1990 par Giorgio Strehler, elle regroupe vingt-et-un des plus importants théâtres européens ainsi que des membres à titre individuel (par exemple Christoph Marthaler ou Roger Planchon). Son objet est de contribuer à l'édification communautaire par le rapprochement des cultures.... Elle organise un festival annuel. Les cinq textes ont d'ailleurs tous été lus à Villeurbanne en 2002, lors du 11ème festival. Ils s'inscrivent cependant dans une politique éditoriale intéressante à long terme, d'échanges des cultures dramatiques, en commençant par l'échange de l'existant.
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2004-01-22
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : édition
Thème(s) : littérature,
Mot(s) Important(s) : années 50, édition, associations,
Artiste(s) : Mari-Mai CORBEL (rédacteur), Dumitru SALOMON (auteur), Eeva-Liisa MANNER (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir : http://www.ute-net.org