Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

La distance exacte




Avec À Distance, Jean-Pierre Larroche signe son septième spectacle. Certainement le plus abouti. Une œuvre sereine qui entame sa deuxième année de tournée. Longue vie!


À Distance est un enchaînement de six pièces brèves, un théâtre d'objets vivants et d'images décalées pour nous faire entrevoir ce que nous ne comprendrons jamais. Ce théâtre-là, toujours tenté à hauteur d'homme, est modestement d'une ambition folle. Jean-Pierre Larroche, comme tout le monde, aspire à contrôler un cours des choses qui, fatalement, lui échappe. Comme tout homo sapiens qui se respecte, il ne se résigne pas. Face à ce qui le dépasse, il se prend au jeu, il se prend même un peu pour Dieu. Même s'il sait pertinemment qu'il ne fera pas de miracle, il échafaude quant même des plans sur la comète. Secondé par un «serviteur» impavide (Jérémie Garry), il met en œuvre des principes mécaniques, physiques et toujours dynamiques, dans le seul but de provoquer des événements inattendus. Et il a un sacré métier... Et du talent.
La vie est un théâtre et dans ce théâtre un théâtre s'anime: poulies, clous, pistons, rouages et balanciers sont actionnés à vue pour déclencher des événements sonores à l'état latent. Jean-Pierre Larroche a inventé la parole... Dans un joyeux ballet de bric et de broc, des tabourets sont désarticulés, amputés, disloqués. Voilà pour la société... Un homoncule sort de l'écran pour se cogner contre quelques parois du réel et comme il est à l'image de Jean-Pierre Larroche, entre le je, le moi et l'Autre, il y a foule sur scène... Le manipulateur tente ensuite de résoudre la charade du tout premier aveuglement de King Lear. Puis, il lâche les fils pour prendre les pinceaux et tenter son auto-portrait. Il se voit alors renforcé dans la conviction que l'effacement serait la plus juste des postures. Enfin, Jean-Pierre Larroche achève sa performance assis au bout d'une interminable table, tirant par un fil un verre plein d'eau. Les trous possibles dans la toile cirée et quelques phrases de Paul Valéry l'aideront à méditer sur l'épaisseur de l'espace et le poids du temps. Mais avec quelle légèreté.
On l'aura compris, la poésie ici ne réside pas dans l'effet garanti, ni dans la cause programmée. Elle advient par le cheminement, de l'un à l'autre. Elle devient une véritable leçon de vie; devant nous, on la sent, par petites ou grandes métamorphoses successives, suivre son cours chaotique. On a l'impression d'apprendre à accompagner le mouvement.
Bref, pour faire vite: A Distance est un vrai travail, mais aussi un acte libre et une leçon de philosophie appliquée. Pas de doute, c'est de l'art.

27 janvier: Espace Malraux. Chambéry
30,31 janvier: C.C. Boris Vian. Les Ulis
3, 4 et 5 février: Carré Magique. Lannion
11, 12 et 13 février: Manège de Reims
17 et 18 février: Maison de la Culture de Nevers
24 février au 9 mars: Subsistances. Lyon



Frédéric KAHN,
Publié le 2004-01-29

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : performance, poésie, philosophie,
Artiste(s) : Frédéric KAHN (rédacteur), Jean-Pierre LARROCHE (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :