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Drôles d'oiseaux au festival Etrange Cargo
Étrange Cargo, dédié au théâtre expérimental et aux nouvelles technologies, propose pour sa septième édition une version plus humoristique. Face à une société crispante, l'humour est une question de dignité! Jusqu'au 21 février 2004 à la Ménagerie de Verre, à Paris.
Esthétique de la spéculation, séminaire d'Alberto Sorbelli
Le travail d'Alberto Sorbelli porte sur «l'esthétique relationnelle» et la capacité d'un public à suivre une performance. La spéculation en elle-même l'intéresse pour sa capacité à mobiliser la répulsion chez des spectateurs. Des masses monétaires colossales s'échangent chaque jour avec arrogance sur des marchés informatisés, insaisissables. Esthétique de la spéculation a d'ailleurs été créé dans le cadre de l'exposition Pas vu pas pris (2003, galerie Maisonneuve). À partir de l'autobiographie du trader Guillaume Victor-Pujebet, le séminaire renseigne sur le sujet. Mais son objet est de restituer une esthétique fascinante. L'ingrédient premier c'est un acteur véritable (Alexandre Arnaud qui a par exemple travaillé avec Anne Delbée sur Hernani), doué d'une technique. Il y a un décor (bureau, bouteille de JB...). Impossible pourtant de douter qu'il joue un être contrefait, qui a étudié ses mimiques dans les miroirs. Mais qui est assez crédule pour ne pas voir que les winners de ce monde se composent? Ce qui captive c'est la tactique du mimétisme chez le chasseur. Mimer un trader pour un trader, c'est se camoufler parmi les caïmans des marchés, redoutables et redoutés. Résultat: en dépit du scandale que constitue l'irresponsabilité totale des jeux monétaires, nul ne les remet en cause car chacun est à la place de la proie. Autre technique: répudier l'humanisme qui met en tort, en exhibant un ersatz de philosophie orientale. La projection d'images de courbes informatiques boursières à fond bleu, déborde l'écran dont l'ombre se découpe plus loin. Cette ombre est grosse de ce qui se cache chez cet être de comédie, pieds nus. Est-il un fantôme? un somnambule? un branleur? Alberto Sorbelli interroge les codes du théâtre. Leur manipulation permet aussi d'habituer à supporter le mensonge, à le rendre esthétique selon une éthique du jeu (d'échec, boursier, d'acteur, sportif, vidéo...).
Laurent Friquet sur les traces de l'ange noir
L'esprit parodique imprègne le titre et la forme de Just the way you said goodnight to me, une pièce construite sur le modèle de l'enquête. Pièces au dossier: une vidéo, un rapport, des témoignages et la disparition d'un ange noir. Le performer Laurent Friquet ex-fan des Sex Pistols essaie de dire sans le dire quelque chose qui, au bord d'être dit, semble interdit, tant, une fois dit, cela le ridiculiserait eu égard à la gravité des affaires mondiales. Ces affaires, elles n'ont pas prise sur lui. Nu mais en santiag, le blond ténébreux danse avec une énergie qui peut être celle d'un narcissisme vainqueur et/ou de la colère. Colère qui chatouille sa guitare électrique dans le style par exemple des Joy Division et qui, de manière dérisoire, menace le monde... d'une disparition volontaire. Tout comme la new wave opposa ses songes noyés d'adjuvants et ses caches underground à la pression de l'étouffoir social dans les années 80's, le garçon s'évade nuitamment. Qu'une Diane au look de rockeuse (Françoise Klein) suggère alors au micro (sur un texte de Patrick Bouvet) comme la connaissance actuelle réduit la chair à de la biomécanique, pour ne pas dire à de la biogénétique, le conforte: mieux vaut disparaître que de subir pareil affront sur le plan spirituel. Toute la question est de savoir comment disparaître, ce que seules quelques chasseresses peuvent apprendre.
Les anges perdus de Philippe Quesne
Philippe Quesne, en scénographe de théâtre ou d'exposition, a structuré la scène de La démangeaison des ailes avec des cloisons d'aggloméré aussi épaisses que du carton. Les spectateurs entrent par ces pièces artificielles selon une trajectoire en épingle. L'esthétique d'un désordre lié à l'échauffement des méninges en période de création fonde le décor. Face à la scène proprement dite, d'habituels gradins font face à trois espaces. À gauche, le moniteur d'une vieille bécane et un christ déposé qui semble nager le crawl. Au centre, l'angle vitré d'un vieux studio d'enregistrement. À droite, une cloison-écran de projection. Ça et là un fatras d'accessoires, de bouts de sandwich... Sans cesse trois choses se passent. Impossible de tout suivre. Cela débute avec un pastiche du Phèdre de Platon un peu trop réaliste quant à la poussée des plumes chez l'âme frappée par la beauté. L'humour inscrit en creux un indicible à peine masqué par le punk des Turnships sur le motif de «y'en a marre, ça suffit» (de la dislocation de l'espace public) ou par la lecture finale pince-sans-rire d'un passage de L'Île déserte de Deleuze. Aucune actrice dans cette contre-société de garçons qui invite le scénographe Rodolphe Auté avec son chien Hermès (Hermès amant d'Aphrodite et papa d'Hermaphrodite). L'amour néo-socratique -stérile- s'il s'oppose à notre société mutante basée sur les lois économico-domestiques de la croissance, reste l'un des procédés qui démange du côté des omoplates, suggère Philippe Quesne, les idiots rêveurs qui s'y adonnent.
Festival Etrange Cargo, à la Ménagerie de Verre, 12/14 rue Léchevin, Paris 11e. Tél. 01 43 38 33 44
Esthétique de la spéculation, séminaire, sujet et mise en scène Alberto Sorbelli. Du 27 au 31 janvier et du 17 février au 21 février 2004.
Conférence le 4 février à 18 heures, à l'École Nationale des Beaux-Arts (14, rue Bonaparte, Paris) Autour de la performance, coordination Laurence Louppe, invité Alberto Sorbelli.
Just the way you say goodnight to me, vidéo performance de Laurent Friquet. Du 3 au 7 février 2004.
La démangeaisons des ailes, revue-spectacle, conception et réalisation Philippe Quesne. Du 10 au 14 février 2004.
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2004-01-29
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : théâtre, performance,
Mot(s) Important(s) : technologie, expérimental, festival,
Artiste(s) : Mari-Mai CORBEL (rédacteur), Philippe QUESNE (metteur en scène), Alberto SORBELLI (metteur en scène), Laurent FRIQUET (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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