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Après la fin de l'art 1945-2003
L'exposition présentée au Musée d'art moderne de Saint-Étienne métropole jusqu'au 22 février revient sur les mouvements lettriste et situationniste. Elle montre un artiste en mouvement, en phase avec les préoccupations tant esthétiques que sociales de son temps.
Le sujet était périlleux à traiter, surtout dans un cadre muséal, tombeau annoncé de toutes les utopies, d'autant plus que la fin de l'art, et cela depuis Hegel, ressuscite l'art à chaque fin proclamée, chacune le revivifiant à sa façon, rendant certes caduques les problématiques d'hier mais afin de mieux élargir le champ de ses perspectives. On ne parlera donc pas, comme certains se complaisent encore à le faire non sans arrière-pensée réactionnaire, d'échec de ces projets souvent exaltés visant à repousser les «frontières de l'art» mais plus simplement de mouvement perpétuel, vital, nécessaire.
La «fin de l'art» évoquée ici, son «dépassement» plutôt (Dépassement de l'art est le titre d'une peinture de Guy Debord de 1963 présente dans l'exposition, et «la problématique du dépassement de l'art» une formule célèbre d'Yves Klein) est celle annoncée par l'Internationale Situationniste, ou plus exactement pressentie par la mouvance lettriste d'abord et ses périphéries, en particulier celle incarnée dès le début des années cinquante par les «affichistes» Hains et Villeglé. L'histoire est connue. Isidore Isou fonde en 1946 le mouvement lettriste. Il ne s'agit plus pour lui, une nouvelle fois, d'interpréter le monde, mais de libérer la créativité des individus au-delà des contraintes du langage: «nous réussirons le vieux rêve de toute poésie. Que la poésie devienne transmissible n'importe où et qu'elle surpasse toute nation et toute limite arbitraire imposée malgré elle par les hommes. La poésie lettriste, la première vraie internationale.» Yan Ciret, commissaire de l'exposition, a su éviter un premier écueil: isoler la radicalité de la dissidence letttriste -celle de l'Internationale lettriste de Guy Debord et Gil Wolman (dont on redécouvre aujourd'hui, et c'est justice, le rôle moteur)- de la phase constitutive du lettrisme. Celle-ci, en effet, pour une part héritière de Dada et du Surréalisme, annonce clairement l'élargissement des pratiques artistiques à tous les domaines de l'activité humaine jusqu'à envisager une théorie générale de la création (ce qu'Isou nomme «créatique»). Cet élargissement appellera pour l'Internationale lettriste non seulement une théorisation globale des champs culturel, économique et social, mais à de véritables «bouleversements de situation». Le panorama allant jusqu'à l'orée des années soixante-dix, bâti chronologiquement, partagé en tendances finalement plus complémentaires qu'opposées, fait apparaître au fil des salles la figure exemplaire d'un artiste en mouvement, en phase avec les préoccupations tant esthétiques que sociales de son temps. De ce point-de-vue, le post-scriptum que constitue la présence d'artistes actifs dans la période contemporaine (Olivier Blanckart, Thomas Hirschhorn, Vincent Labaume, Arnaud Labelle-Rojoux, Jean-Luc Moulène) est particulièrement pertinent. Il permet de lire cette «fin de l'art», non comme un corpus historiquement circonscrit à quelques mouvements, fussent les plus radicaux, mais liée à une attitude critique renouvelée de l'artiste, non synonyme d'engagement politique primaire.
Patricia BRIGNONE,
Publié le 2003-02-04
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : art visuel,
Mot(s) Important(s) : situation, lettrisme,
Artiste(s) : Patricia BRIGNONE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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