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Le Jasperse des possibles
Hors-temps, la pièce California recèle on ne sait quel soupçon de futur.
Ici, on ne se fie pas à des critères d'actualité pure, encore moins de nationalité, pour évaluer ce qu'apportent les œuvres. N'empêche. Contexte oblige, on portait une attention spécifique à la dernière pièce de John Jasperse, l'un des rares chorégraphes new-yorkais plus proches de la trentaine que de la soixantaine (ou plus), que les programmateurs européens daignent montrer de ce côté-ci de l'Atlantique. Particulièrement, de sa précédente grande pièce Giant empty, créée bien avant le 11 septembre 2001, dont on n'a pas oublié l'étrange scène qui voyait anéantir une sorte de Manhattan en modèle réduit...
Rapport à quoi, ou à l'impayable Excessories qui nourrit en son temps le palmarès de la subversion aux rencontres de Bagnolet, California semble aujourd'hui une pièce fort sage. Au passage, on attend une explication de texte pour justifier l'écart abyssal et drolatique entre le contenu de la feuille de salle, absconse comme rarement osé, et l'apparence si limpide de ce nouvel opus.
California retient son souffle.
Ses cinq interprètes, trois filles, deux garçons (dont le chorégraphe) évoluent sous et autour d'une immense forme sculpturale déployée dans les airs, aile à pans brisés se mouvant lentement en masquant aux regards telle ou telle partie du plateau. Cette ample présence énigmatique, un moment démantelé à l'image d'un animal fantastique, déplace sobrement l'espace et sa matière sourde, à l'instar des courts allers et venues des danseurs, dans leurs illusions d'apparitions, sur des sons secs et rares. En glissés et lenteurs, leur écriture du pli et de la suspension, du fléchi et du juste croisé, se laisse happer et dissimuler. Corps de meccano défait, sans directions franches, tout en tours, détours, retours.
Sans envol ni élan, encore moins emballement, aussi sobrement attachée à l'espace qu'aux partenaires qui s'échangent, la danse de California a la texture de l'abstraction formelle, qu'on a déjà bien connue à d'autres époques de la danse post-moderne américaine. Songeons peut-être à Susan Buirge. Matière laissée à saisir -juste un troublant jeu de mains sur les plis du ventre, ou sur le mont du menton-, dérive inévidente, inexplicite, de la relation, comment dire à quel point ce style hors-temps, aussi soucieux de s'effacer que de se dessiner, avec une subtile fadeur diaphane tendue sur cellophane, peut aussi être perçu, venant de cet auteur, comme le signe d'un futur possiblement imminent, nouvellement à tracer.
Troublant voyage ailleurs. Sur un bord.
California était programmé du 29 au 31 janvier à la Maison des Arts de Créteil.
Gérard MAYEN,
Publié le 2004-02-05
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
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Artiste(s) : Gérard MAYEN (rédacteur), John JASPERSE (chorégraphe),
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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