Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Démiurge
A la Cosmic galerie, le vidéaste performer Tobias Bernstrup appelle à l'embarquement immédiat pour les hauteurs virtuelles de X-seed 4000.
Présenté à la Biennale de Lyon en 2001, au Frac Champagne-Ardenne pour l'exposition collective Game Over City et au Palais de Tokyo avec Nekropolis en 2002, le travail de l'artiste suédois se fraye un chemin entre art vidéo, cinéma et jeux d'arcades. Pour sa première exposition en galerie en France, Tobias Bernstrup nous invite à découvrir un nouveau pan de son monde virtuel urbain. Dans la vidéo interactive X-seed 4000, il s'empare du projet japonais d'architecture à l'étude qui propose la construction dans la baie de Tokyo de la plus haute tour d'habitation jamais réalisée. Privilégié, le joueur de X-seed 4000 se retrouve projeté, seul et désœuvré, dans un espace où, dans la réalité, devrait grouiller un million d'habitants sur huit cents étages. Sur deux niveaux, souris en main, vous pourrez à loisir essayer de trouver une issue à ce fatidique enfermement, d'échapper à l'angoisse des portes qui ne s'ouvrent pas, des portes qui s'ouvrent mais se referment trop vite, des ascenseurs en panne. Des murs en béton, des baies vitrées inattaquables et de bien rares compatriotes (si vous parvenez à tomber dessus) qui ne remplissent guère leurs rôles d'adjuvants finiront peut-être par livrer leurs secrets. Piégé, essoufflé d'avoir couru comme un damné pour aller voir ailleurs si enfin, un coup de pied, un clic droit peut bien déclencher quelque chose, votre personnage reste pourtant le prisonnier de la vision de l'artiste. Entre deux parties ou deux étages, Tobias Bernstrup ponctue avec malice son scénario du thème musical «Everything gonna be alright» ou n'hésite pas à narguer votre bravoure avec celui de la guerre des étoiles, parfaite musique d'ascenseur. Ultime affront au joueur condamné, Bernstrup offre en guise de game over ou d'interlude (puisqu'il semblerait que le jeu n'est ni début ni fin) une imprenable vue extérieure aérienne de la tour et de Tokyo que fatalement il n'atteindra jamais.
Au sous-sol de la galerie, pour une dernière virée dans ce qu'il décrit justement comme une «réalité déchirée et inachevée du sujet qui cherche et ne trouve rien», Tobias Bernstrup nous évite les affres de l'égarement. Dans la vidéo In the Dead of Night, l'artiste reprend les commandes du jeu et nous guide dans une ville fantôme. Dernière ironie: avec aisance et fluidité, la caméra s'envole entre les immeubles, glisse au-dessus des lampadaires et nous entraîne droit au but vers le propre personnage de Bernstrup: un double féminin virtuel. Le vidéaste ne joue pas contre nous, il joue avec nous. Sur le regard décalé et déformé du démiurge, nous quittons l'alter-réalité; l'excursion est finie... pour cette fois.
Tobias Bernstrup, X-Seed 4000, à la Cosmic galerie, Paris, jusqu'au 24 mars. La Cosmic Galerie présente également jusqu'au 24 mars l'exposition de Memoirs of Devils de Miltos Manetas.
Héloïse LAURAIRE,
Publié le 2004-02-05
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu
Thème(s) : art visuel,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Héloïse LAURAIRE (rédacteur), Tobias BERNSTRUP (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :