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Matériaux dangereux
Avec One Deer Nine Dogs, Jean-Michel Bruyère a entamé, au Théâtre du Merlan, à Marseille, un nouveau cycle de travail autour du mythe d'Actéon. D'autres étapes suivront, jusqu'au Festival d'Avignon en juillet 2005.
Jean-Michel Bruyère est un homme dangereux. Chaleureux, ouvert aux autres et pourtant terroriste. La seule valeur qui l'anime: le beau, et ce largement au-delà du bien et du mal, de cette morale occidentale qui ne sert finalement qu'à justifier l'asservissement des corps et des esprits. D'ailleurs, il s'éloigne régulièrement et physiquement de notre rationalité «civilisée». Ses vrais liens, il les situe à Dakar. Du côté des majoritaires, c'est-à-dire des crève-la-faim.
Depuis plusieurs années, Jean-Michel Bruyère se focalise sur ce qu'il faut bien appeler une obsession: «donner corps» au mythe d'Actéon. D'ailleurs, il affirme qu'il n'abordera plus jamais d'autres sujets. «Ce mythe contient toutes les questions de l'art.»
Bien évidemment, Jean-Michel Bruyère ne raconte pas le mythe. Ce n'est pas l'anecdote qui l'intéresse, mais l'explication du monde qu'elle contient. La transgression initiale est le prix à payer pour avoir eu accès à une forme de connaissance qui dépasse l'entendement.
Si l'explication du monde était accessible par la logique et la raison, ça se saurait! Donc, One Deer Nine Dogs «ne procède ni de la narration ni du discursif». Il n'y a pas intention de fiction, mais une invitation, bien réelle, à se laisser prendre. Un peu comme dans un procédé chamanique, Jean-Michel Bruyère nous invite à changer d'état d'être. La démarche ne doit pas être réfléchie. Il insiste: «dans la création, il ne faut surtout pas avoir d'idée.»
Alors, chiens de chair et d'os et images de chiens hurlants... et autant de chaises-sculptures organiques, comme «véhicules» potentiels. Et des boyaux tout autant organiques. Des os aussi, squelettes en attente de remembrement. Et de l'eau qui goutte sur nos têtes. Et la musique qui complète l'univers... Tout est relié, même si ce n'est pas encore totalement sensible. Un peu plus loin, dans une tente, dans une lumière terriblement crûe, du chant et un contexte de transe. La partie la plus violente. En l'état. Au Merlan, la proposition se traversait comme un parcours, mais la déambulation ne fonctionnait pas entièrement... Peu importe. Jean-Michel Bruyère ne trace pas un chemin, il le creuse.
One deer nine dogs a été présenté, du 27 au 30 janvier, au Théâtre du Merlan, à Marseille.
La prochaine station se déroulera au Hebbel Théâtre de Berlin.
D'autres étapes de travail sont prévues, notamment avec La Caserne Mirabeau (centre de production du département des Bouches-du-Rhône). Pour aboutir à un spectacle, JËKK, qui sera présenté au Festival d'Avignon 2005.
Frédéric KAHN,
Publié le 2004-02-05
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean Michel BRUYERE (metteur en scène), Frédéric KAHN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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