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Melvil et Jekill
Il arbore un chapeau de paille, un sourire «PUBeux», un chevalet vernis mais ni d'Eve ni d'Adam il ne connaît Picasso: c'est l'artiste, selon Melvil Poupaud. Lui-même serait docteur, ou mieux, spécialiste du clonage, si cela lui était permis: derrière Melvil se cache un Jekill à la galerie Perrotin.
Il arbore un chapeau de paille, un sourire «PUBeux», un chevalet vernis mais ni d'Eve ni d'Adam il ne connaît Picasso: c'est l'artiste, selon Melvil Poupaud. Lui-même serait plutôt docteur, ou mieux, spécialiste du clonage, si cela lui était permis: derrière Melvil se cache un Jekill à la galerie Perrotin.
Melvil Poupaud est acteur de cinéma depuis l'âge de dix ans. Avec son premier cachet, il s'attaque à la réalisation d'un «polar psychologique» de cinq minutes, Qui es-tu Johnny Mac? (1984, VHS). Ce coup d'essai pose des jalons suivis par les cinq autres vidéos présentées chez Emmanuel Perrotin: la duplication de l'identité, la dérision, l'abus de Scotch et de tabac... Six court-métrages conçus dans une intimité pré et post-pubère, six témoignages des évolutions du jeu de l'acteur, du style du réalisateur mais aussi des attributions techniques de son outil, la caméra portative, qui se popularise au début des années soixante-dix, quand Poupaud voit le jour. Entre son premier film imaginé en 1984 et le dernier, sept fois plus long, tourné en 2003, la réflexion sur les codes cinématographiques l'emporte sur les bégaiements de l'enfance, depuis la critique de séries B avec Rémi (2001, DV, 25 mn) jusqu'à celle des films d'horreur dans Pronobis (2003, DV, 35 mn). D'abord simple nécessité pratique, la prise en main de rôles différents par un seul acteur, lui-même, devient prétexte au traitement absurde et pathétique de la schizophrénie (Quelque chose, 1999, DV, 18 mn) ou encore du clonage (Pronobis), sur fond de bande-son décalée. Les images de l'enfant Poupaud opèrent des retours incessants, se mêlent à celles de l'adulte, de l'adolescent et chaque vidéo se nourrit de ses propres archives.
Membre du groupe de rock Mud qu'il crée en 1996, auteur d'un album solo sorti en 2002, Poupaud est un touche-à-tout. Avec cette projection inédite dans l'enceinte d'un «white cube» dont il n'est pas familier, il tente de se tisser une passerelle vers le domaine des arts visuels. Ami d'Emmanuel Perrotin, il tenait à présenter ses créations en tant que véritables œuvres d'art vidéo, pourtant plus proches du court-métrage classique que des images télévisuelles trafiquées de Nam June Paik. Plutôt qu'à une boucle de films sans commencement ni fin, on a affaire à une mosaïque laissant le choix, par télécommande, de se vouer à l'un ou l'autre des six Poupaud. Accompagné par la rassurante voix off de Patrick Brion imitant Frédéric Mitterrand s'imitant lui-même, on devient victime de ces contes ironiquement définis par les expressions clichés de «comédie dramatique», «film à sketches» ou encore «road movie immobile», «huis-clos métaphysique»... Narcissiques, drôles, ces six petits films colleraient-ils plus à la définition d'un art vidéo permettant à chacun de devenir artiste plutôt qu'à celle qui en fait l'auxiliaire d'un projet créatif déjà constitué? A défaut de projet Melvil Poupaud possède un rêve, un rêve d'enfant qu'il s'apprête à concrétiser: diffuser son œuvre à six têtes via Internet, en «mondovision!».
Melvil Poupaud, Galerie Emmanuel Perrotin, Paris, jusqu'au 28 février. Tél. 01 42 16 79 79
Ophélie RAMONATXO,
Publié le 2004-02-12
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : portrait
Thème(s) : art plastique, vidéo,
Mot(s) Important(s) : rêve, vie, vidéo,
Artiste(s) : Ophélie RAMONATXO (rédacteur), Melvil POUPAUD (comédien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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