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Marionette high tech
Le Théâtre des oreilles
Chapeau : Dans «Le théâtre des oreilles», l'écrivain Valère Novarina se trouve au coeur du dispositif scénique. Marionnettisé et instrumentalisé par les mains de Zaven Paré et Allen Weiss, il devient témoin du surgissement de la parole.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 14
Naly GERARD rédacteur
Zaven Paré marionnettiste
Allen Weiss Metteur en scène
Valère NOVARINA écrivain
Texte : Le théâtre des oreilles -son nom l'indique- est une mise en espace du langage. Il y est bien question d'incarnation mais par défaut. Si l'électronique, la projection et l'enregistrement sonore tiennent le rôle principal, l'ombre du régisseur et l'image de l'écrivain sont les témoins nécessaires du déploiement de la parole. La scène présentée ici pourrait être originelle, située dans le temps de l'avant théâtre, de la pré-écriture : le surgissement de la parole. Le langage fait irruption sous les yeux de l'auteur, immobile, cerné par le verbe que répandent les hauts-parleurs autour et au-dessus de lui. Chaque variation de son visage, chaque déplacement nerveux des véhicules, donne une inflexion particulière au texte, constitue une ponctuation visuelle dans le déroulement du langage. Ce tableau vivant et non spectaculaire est un écrin pour la voix de l'acteur, qui devient une matière sensible.
En découvrant la pièce, Valère Novarina a été d'abord déconcerté: «J'avais le sentiment d'être en face d'un tombeau vide. Le théâtre est d'ailleurs un art spectral, un endroit où se décompose le réel, la figure humaine. Il est le lieu de la défaite de l'homme, qui serait la nouvelle idole». Mais la cohérence est là: «L'acte d'écrire est de l'ordre de l'oreille et du toucher car on a le sentiment de 'toucher' à quelque chose de la langue. Ici, tout est jeté, écartelé mais l'émotion qui est là, c'est la respiration de Mark Sussman». Le marionnettiste, qui travaille à New York dans la compagnie Great Small Works et enseigne à l'université se définit comme un artiste «low tech» mais s'intéresse de près aux nouvelles technologies. Zaven Paré s'est, du reste, entouré de spécialistes de l'univers novarinien puisque Allen Weiss, le metteur en scène du spectacle est le traducteur américain de l'auteur de la Chair de l'homme et la voix appartient à Léopold Von Verschuer, son traducteur allemand également acteur dirigé par Novarina dans L'Origine rouge.
«Le visage de Novarina reste impénétrable, hyperstatique, ni les mouvements, les arrêts rapides ou les ralentis ne semblent altérer son expression d'observateur. Il s'agit de comprendre le portrait ou plutôt de comprendre comment une image peut être à ce point arrêtée qu'elle atteigne cette perfection de l'arrêt du temps ou du temps comprimé. Retrouver le mouvement qui agrège devrait permettre de cerner celui qui désagrège. Le support vidéo a donc permis dans le Théâtre des oreilles de passer de la toile à la scène, d'essayer de transposer l'auteur dans son environnement -non pas exactement la scène mais plutôt l'espace des mots.»
Texte de Zaven Paré, extrait du programme.
Date de publication : 01/10/2001
Mots-clés : langage, objet, manipulation
Inséré le : 17/01/2002 00:00
Thèmes : marionnette, théâtre,