Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

La culture qu’Aznar n’aime pas




La seconde édition de Mira! du 24 février au 6 mars à Toulouse, prend le pouls de la création contemporaine en Espagne: exubérante, mais rare et peu soutenue


C’est un fait que peu nous parvient de l’Espagne toute proche. La première édition de Mira! à Toulouse, au printemps 2002, avait pour objet de faire le point sur la création contemporaine de l’autre côté des Pyrénées, et de susciter des rapprochements artistiques franco-espagnols. Comme nous le disait le dramaturge Guillermo Heras dans le cahier spécial que Mouvement avait réalisé à cette occasion, «Pendant toute la période de consolidation de la démocratie, l’Espagne n’a pas su hisser une politique culturelle à la hauteur des autres pays européens». Passée l’effervescence barcelonaise des années quatre-vingt et le sursaut de la «movida» madrilène, il a fallu se rendre à l’évidence: rares demeuraient, en dehors des salles «alternatives», les lieux de création capables, dans la durée, d’assurer un renouvellement générationnel et esthétique ; alors même que manquent des moyens de formation, un réseau de diffusion et une politique de soutien aux compagnies. Le constat que nous faisions voici deux ans reste identique ; et il ne faut guère compter, pour changer cette donne, sur le gouvernement de José-Maria Aznar, plus prompt à emboîter le bas à George W. Bush dans la guerre en Irak qu’à manifester une quelconque ambition culturelle!
Dans ce contexte, rares sont les artistes espagnols contemporains à avoir trouvé sur les scènes internationales une audience significative. Né à Buenos Aires, installé à Madrid depuis 1986 où il a fondé sa compagnie (La Carniceria), l’auteur et metteur en scène Rodrigo García est bien sûr l’exception qui confirme la règle. Introduit en France par le TNB de Rennes, publié aux Solitaires intempestifs; le Festival d’Avignon et le Festival d’Automne ont notamment consacré, en France, cet artiste engagé et enragé, parti en guerre contre les mass médias et la société de consommation: «Je fais un théâtre violent qui répond violemment à la violence que je ressens tout simplement autour de moi». Deux de ses derniers opus, Compré una pala en Ikea para cavar mi tumba et Jardineria Humana, seront naturellement présentés à Toulouse lors de la seconde édition de Mira!
Le Théâtre national de Toulouse, le Centre de développement chorégraphique et le Théâtre Garonne unissent en effet leurs forces pour offrir, avec le soutien de l’Office national de diffusion artistique, un nouveau «rendez-vous avec l’Espagne». L’occasion de vérifier qu’en dépit d’un contexte économico-culturel qui ne les aide guère, certains agitateurs scéniques n’ont pas abdiqué. Une certaine extravagance débridée les unit. Au premier rang de ceux-là, le compositeur et metteur en scène Carles Santos n’a pas son pareil pour dévergonder la musique. Son dernier spectacle, El compositor, la cantant, et cuiner i la pecadora, trempe Rossini dans un déluge d’images extraverties… Et il faudrait encore citer la danseuse et chorégraphe Sol Pico, transformée en Barbie superstar; la Catalane Simona Levi qui décortique dans un cabaret irrévérencieux les conventions de notre société de loisirs; le Basque Oskar Gomez Mata et son carnaval de folies furieuses et de non sens, etc.
Mira! permettra encore de découvrir un Shakespeare (Jules César) adapté par Alex Rigola, le tout jeune directeur du Teatre Lliure de Barcelone ; de goûter au renouveau du flamenco en compagnie de Belén Maya et Mayte Martin; et de suivre avec Cuqui Jerez, Juan Dominguez et le barcelonais Tomas Aragay les quelques épigones espagnols d’une nouvelle génération de formes chorégraphiques.

Mira! rendez-vous avec l’Espagne, du 24 février au 6 mars à Toulouse. www.tnt-cite.com


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2004-01-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : théâtre, danse,
Mot(s) Important(s) : Espagne, création,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Rodrigo GARCIA (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :