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Hommage à Jean Rouch
Par Patrick Bensard
Le cinéaste et ethnologue Jean Rouch, l'auteur des Maîtres fous et de Moi, un noir vient de disparaître, à 86 ans. Dans un texte de 1988, Patrick Bensard, actuel directeur de la Cinémathèque de la Danse, évoquait la figure du cinéaste et passeur d'intensités
J'ai découvert le premier film de Jean Rouch un soir de 1966 à plat ventre – faute de mieux – dans la salle archicomble de la Cinémathèque française de Chaillot, lors de l'avant-première historique de Paris vu par... en présence de Langlois et de Godard : le court métrage de la Gare du Nord dévoilait brusquement ce que passionnément j'étudiais le jour au lycée : les constellations du hasard objectif qui autrefois avaient guidé André Breton et ses complices, de Nadja à Capitale de la douleur à travers les dédales de l'Amour fou ou sur les traces des pas de La Gradiva de Jensen...
Le second rendez-vous eut lieu seulement quelques années plus tard. J'étais à l'époque assistant de Marc Riboud. Un samedi, celui-ci me téléphona à l'aube : « Patrick, viens tout à l'heure à Chaillot, tu vas assister à une chose inoubliable. » J'y suis bien sûr allé. Dans la même salle de la Cinémathèque avait lieu une projection clandestine : sur l'écran, des images mêlaient l'actualité à des fictions. Dans l'esprit de Rossellini, Renoir, Leacock et Pennebaker. Apportant aux péripéties – somme toute banales – d'une élection présidentielle l'envergure d'un combat onirique traversé d'ombres et de fureurs, qui, n'épargnant aucun tabou, renouait avec la tradition des grands reportages politiques américains. Et cela par la seule qualité du timing et de l'entêtement d'un cinéaste qui savait voir clair et foncer : le premier long métrage de Raymond Depardon demeuré interdit 50,81 % (1974) venait de voir le jour devant une poignée médusée de spectateurs. La salle à peine allumée, l'homme qui avait provoqué cette projection se leva pour présenter l'auteur et animer le débat. C'était Jean Rouch. Depuis ce jour, je suis devenu un « régulier » de ses cours du samedi matin. Là, pêle-mêle, au gré des saisons et des circonstances, nous vérifions chaque semaine que le vrai cinéma est un mouvement naturel de la vie. Car un film est non seulement une succession d'images avec ouverture et clôture – du propos, de l'objectif – mais, aussi, le discours intérieur d'amour ou de rejet, le commentaire émotionnel ou analytique, qu'il provoque en chacun de nous et qui se poursuit une fois la projection achevée.
Patrick BENSARD,
Publié le 1988-07-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : expérience
Thème(s) : cinéma,
Mot(s) Important(s) : mort, hommage, vie, surréaliste,
Artiste(s) : Jean ROUCH (réalisateur), Patrick BENSARD (directeur de structure), Patrick BENSARD (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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