Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Songes brefs




Chaque année le festival Court Toujours invite des artistes à définir la forme brève, dite aussi "courte". Thème: Concevoir un spectacle de une à quarante minutes. A la Scène Nationale de Poitiers, salle polyvalente de Beaulieu. Les 20 et 21 février 2004


Si l'art de la scène est celui du temps, le festival Court Toujours l'illustre. En deux soirées, vingt-deux spectacles de sept à trente minutes ont été présentés. Depuis quatre ans, la Scène Nationale de Poitiers permet à de «jeunes créateurs contemporains» de rencontrer un public. La direction artistique en a été confiée au compositeur et metteur en scène Jean Boillot, en résidence depuis cinq ans. Ce dernier évoque le festival comme une «école du spectateur». Selon lui, il s'agit d'une part d'initier un public non averti à l'art contemporain, d'en défaire l'image de mondanité culturelle-- en ce sens, le festival se tient dans un centre social périphérique; et d'autre part, de faire accéder le «petit format» au statut d'œuvre à part entière. La différence avec la performance paraît ténue. La forme brève nécessiterait un dispositif scénique traditionnel et nocturne, alors que la performance resterait une intervention à toute heure. Ainsi des scènes ont été montées en forme de petits théâtres à l'intérieur du centre, et les spectacles débutent en fin de journée. Toutes les disciplines sont concernées: de la danse Butô à la marionnette en passant par le théâtre musical, cette année dédié à Mauricio Kagel. De même, l'aboutissement des spectacles est variable: cela va de lectures (Daniel Keene, Hanokh Levin, Claudine Galéa, David Lescot) à la mise en scène achevée.
Le Thème d'après un texte du dadaïste Kurt Schwitters, constitue par exemple un spectacle autonome de 20 minutes. Xavier Marchand y fait entendre que, dans les années 1930, un auteur saisissait le mécanisme morbide du discours d'une manière qui rendait, déjà, le personnage obsolète: de la fumée qui ment à l'homme-poêle ventru, du dialogue vide de sens d'un trio, à trois individus clos sur eux-mêmes, du monde-homme à l'homme-monde courant à sa perte. Avec des moyens de théâtre: trois fumeurs de cigares (Marc Susini, Pascal Omhovère et Xavier Marchand) assis dans des fauteuils anglais avec derrière eux, une affiche Interdit de fumer, Xavier Marchand suggère l'envers d'une réalité que le langage théâtralise de façon fantastique, et où une femme (Camille Berthomier) peut «passer pour» un courant d'air.
Renaud Cojo est plus acerbe pour l'art théâtral. Dernier spectacle avant (ouverture)– théâtre mondain entend traduire la réalité actuelle du théâtre à partir de moyens scénographiques proches de ceux de Rodrigo Garcia (Ben Benanouisse se tartinant de beurre, intégration au rang d'accessoires des marques, forme en succession de numéros). Elle serait commerçante, bientôt commerciale. Mais le théâtre résiste: le travesti fait retour en la personne de Ludovic Larthomas et, sous couvert de dénoncer une prostitution générale, le plaisir de jouer avec des costumes ou le comique, piège celui du spectateur pour les illusions accrocheuses. Autres événements marquants, les lectures de Daniel Keene ont mis en valeur la richesse symbolique de ses textes. Danièle Virlouvet-- basée à Lusignan-- donne à la forme brève l'expression la plus étrange, quasi mélusienne, avec Translucide, théâtre obscur pour rayons lumineux sur papier calque, qui concentre le spectateur jusqu'à le faire pénétrer dans un autre monde. À moins que ce ne soit Philippe Legris, avec Mirum pour tuba de Mauricio Kagel, qui terminait en assénant des sentences latines. Difficile d'évoquer la pluralité de vingt-deux univers, comme de les méditer en deux soirées, preuve de l'autonomie de chacune de ces formes.


Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2004-02-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : création, festival, lecture,
Artiste(s) : Mari-Mai CORBEL (rédacteur), Jean Boillot (metteur en scène), Mauricio KAGEL (auteur), Xavier Marchand (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :