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Chambre à particules
Hommage à Jean-Daniel Pollet au festival international du film de la Rochelle
Chapeau : L'oeuvre discrète de Jean-Daniel Pollet, le «cadet de la nouvelle vague» s'est démarquée de tout patronage, avec le souci constant d'ajuster son regard et de considérer le réel dans tous ses états.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 13
Jean-Daniel POLLET réalisateur
Claude Melki comédien
Mathieu Capel rédacteur
Texte : La danse imprègne les films de Pollet, de façon discrète, peut-être détournée, toujours avec finesse: les figures imposées des «Mariés de Robinson», la parade amoureuse de Melki devant Chantal Goya («L'Amour c'est gai, l'amour c'est triste»), quelques plans d'une fête grecque dans Méditerranée», les pas à peine cadencés de Laurent Terzieff pris par la musique («Le Horla»), la caméra venant et revenant devant un poste de télévision («Dieu sait quoi»). . . La danse que montre Pollet n'est pas celle d'un professionnel. Elle n'est ni la recherche d'un nouveau langage gestuel, ni la démonstration virtuose des «musicals» hollywoodiens, mais bien celle du commun, auquel Claude Melki, de manière privilégiée, prête son corps. Elle est alors un rituel social, un rituel de séduction. Danser est se faire valoir, montrer sa capacité à intégrer le jeu réglé du plaire, avec le détachement ou la confiance en soi que nécessite l'exposition au regard public. Le contrepoint offert par les personnages «melkiens», archétypes du timide, peu séduisant, convaincu que cette limite induit inévitablement une fin de non-recevoir, souligne combien est fort l'enjeu érotique de la danse en société. «Pourvu qu'on ait l'ivresse» et «Gala», bien que drôles, sont les versants négatifs de cette thèse, teintés d'un pessimisme aux airs de profond désespoir. La revanche de Melki l'acrobate en est le versant positif.
Ici, que signifie au juste danser? À la lumière de Pollet, deux réponses sont possibles. Danser est l'apprentissage d'un ensemble de gestes précis, qu'il faut savoir ensuite exécuter avec aisance, sans peur du ridicule. Les danses chez Pollet sont réglées: rock, twist, mambo, danses folkloriques, etc. On peut donc y voir la soumission des gestes à un code assez strict, et donc, la réduction de leur corpus. La salle de bal dans son ensemble est un lieu où seuls quelques-uns sont ressentis comme pertinents, à défaut d'être pleinement signifiants. De ce côté-là de la définition, il s'agit donc d'une entrave au «libre-bouger». Pour Melki le timide, danser est une contrainte hélas inévitable, un passage obligé qu'il emprunte avec autant d'envie que d'appréhension : ne l'assumant pas complètement dans «Pourvu qu'on ait l'ivresse», il ne se prête à ce jeu qu'après avoir masqué son visage. Mais cette définition se retourne aisément. Les premiers plans de «Pour mémoire» montrent les mains que les fondeurs n'ont pas besoin d'actionner. La vie de ces fondeurs se résume à l'activité de la fabrique dans laquelle ils ont passé vingt ans pour la plupart. Là aussi, seuls quelques gestes sont pertinents, ceux qui s'enchaînent dans le travail de production, hors desquels il n'est que de l'inutile -ces mains quasi mortes. En regard de quoi la danse chez Pollet prend une toute autre valeur. Elle est la possibilité d'enrichir l'usage quotidien de gestes tout entier tournés vers la dépense de soi. Elle est un moment où s'exerce la conscience assumée de ses mouvements (jusque dans l'ivresse et les débordements: cf «Pourvu. . .» et «Les mariés de Robinson»). D'autant plus que le geste de la danse n'a d'autre fin que lui-même: il échappe ainsi à toute logique productive, à la tyrannie de l'efficacité. Là, en creux, il devient pleinement signifiant.
Cette bipolarité de la danse peut finalement conjurer le dyptique enfermement/évasion. À la différence que les sens en sont simultanés et complémentaires: ils ne s'opposent pas, ne se nient pas l'un l'autre, mais sont les deux faces d'une même médaille.
Date de publication : 01/07/2001
Mots-clés : danse, enfermement, fiction, nouvelle vague
Inséré le : 18/01/2002 00:00
Thèmes : cinéma,