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Documentaristes de notre temps


«Allemaal Indiaan»



Co-auteurs de Allemaal Indiaan, Alain Platel et Arne Sierens ont déjà réalisé ensemble plusieurs spectacles. Une méthode de travail où les fonctions de chorégraphie, d'écriture et de mise en scène s'effacent dans un tourbillon de mots et d'actions.


UNE SOCIÉTÉ QUI ABONDE


Gouaille des marges. Marges majoritaires de nos sociétés comme elles vont au petit bonheur la chance. Sauf qu'elles ont plutôt la déveine en partage et le bonheur aux abonnés absents.
Pour rassurer, on pourrait dire qu'Alain Platel est le Bourdieu de la danse / théâtre, une sorte de sociologue visuel de l'exclusion. Archi-faux. Platel est un peintre physique de la société d'abondance. De la société comme elle abonde en ruptures consommées, en profusion de gestes de peu, en verve et contre tout.
«Bonjour Madame», «La Tristeza complice», «Iets op Bach»: autant de spectacles hauts en couleurs qui sont venus «chorégraphier» le corps qui déborde des limites sociales. Joyeux bastringues, foutoirs d'énergies où trivialité et grâce échangent leurs oripeaux.
Avec l'écrivain Arne Sierens, Platel a développé la veine d'un théâtre documentaire (étant entendu que tout documentaire est une mise en représentation, donc une fiction). Il y eut d'abord «Moeder & Kind» (Mère et enfant), incise sur une cellule familiale totalement éclatée, puis «Bernadetje» (Bernadette), petit exercice de foi naïve dans une enfance déniaisée par un remugle d'auto-tamponneuses ; et, le temps de quelques représentations à Leuven, «Mouchette», hommage non feint au cinéma de Bresson et au village natal de Platel. Arrivent aujourd'hui les deux maisons de «Allemaal Indiaan» (Tous des indiens), posées sur le plateau du théâtre avec leur horde d'habitants de nulle part (Joen, Xavier, Steve, Franky, Elleke, Kosovo, Mireille, Cri-cri, Kim, Nancy, le chétif Arno et la plantureuse Tosca). C'est du Breughel-le-moderne, sans psychologie, ni fatras. Et comme toujours, chez Platel (et Sierens), agit cette frange du passage entre l'âge de l'enfance et le désenchantement du monde. Sarabande d'actions tendues, loufoques, exagérées, vraies.
Naturellement dérangées.
J.M-A


Mouvement: Alain Platel, on dit que votre travail se situe entre la danse et le théâtre. C'est au moins le signe que vous êtes au milieu de quelque chose, ou peut-être plutôt, dans une sorte de no man's land. Mais s'agit-t-il de la même approche lorsqu'avec les Ballets C. de la B. vous «chorégraphiez» «Iets op Bach», et lorsqu'aujourd'hui vous collaborez avec un auteur, Arne Sierens, pour un objet plus «théâtral»?
Alain Platel: La méthode est la même, mais c'est quand même un peu différent. Pour «Allemaal Indiaan», nous avions d'emblée le décor et le titre; et on avait une idée assez précise du genre de personnages que l'on allait chercher. Mais tout peut changer, si le décor ne marche pas, si les personnages ne correspondent pas. . . Par rapport à mes précédentes collaborations avec Arne Sierens, «Allemaal Indiaan» marque une différence. Dans le cadre que nous avons imaginé, il n'y a pas d'échappatoire. Dans Mère et enfant, la musique donnait un certain souffle, non seulement à la pièce mais aussi pour le spectateur..


Mouvement: Le texte de «Allemaal Indiaan» était entièrement écrit au début des répétitions ?
Arne Sierens: Non! Le texte vient à la fin, quand on met en forme le mouvement, les costumes, les personnages et ce qui se joue entre les personnages. . . Tout ça se fait ensemble, tout est conçu en même temps. Je ne suis pas là en tant qu'auteur, mais, comme on dit, «faiseur de théâtre». Je fais beaucoup de spectacles conçus avec «rien dans les poches»!
C'est très étrange comme manière de travailler: dès le premier jour, on fait un filage. On dit aux acteurs: «vous avez une heure pour vous amuser». Et le spectacle est déjà là: on sait tout des gens qui sont en train de bouger et de parler. . . Après, on commence à se poser des questions: «Qu'est-ce qu'il dit? Quelle relation a-t-il avec elle? Qu'est-ce qu'elle a dit? Quel est son problème? Qu'est-ce qu'elle a à voir avec celui-là, là-bas?» Peu à peu, on voit la chimie en train d'opérer. Et on se pose constamment des questions: «Est-ce intéressant? Est-ce que ce n'est pas trop facile?». Bien sûr, on cherche des effets «mélo», parce que pour nous, le mélodrame (1) est le moteur du théâtre.
a.p. : Nous a

Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2000-04-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : danse, théâtre,
Mot(s) Important(s) : mise en scène, personnage, social, documentaire, collaboration,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Alain PLATEL (metteur en scène), Arne SIERENS (écrivain), Les frères Dardenne (cinéaste), Raymond Depardon (photographe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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