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Aux âmes citoyens, suite

« Pour la renationalisation de TF1 et pour l'art à l'école »

Chapeau : Le « Comité pour la renationalisation de TF1 » appelle à constituer dans les villes des comités pour débattre sur l'art à la télévision et à l'école. Premiers signataires.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : pétition (Mots-clés : )

Genre Ressource : lettre ouverte

Apparence :

Texte : Mis en ligne la semaine dernière dans l'hebdo de mouvement.net, le texte-manifeste du Comité pour la renationalisation de TF1 et pour l'art à l'école a recueilli ses premières signatures : Jean-Marc Adolphe, rédacteur en chef de la revue Mouvement ; Eric Alliez, professeur de philosophie, historien de l'art ; Virginie Aubry, secrétaire ; Xavier Baert, cinéaste ; Marcelle Bonjour, formatrice ; Anne-Laure Boselli, directrice de centre pédagogique ; Stéphane Dabrowski, photographe, formateur ; Anne Carrié, professeur de danse ; Anne-Marie Chaulet, chef de projet, Nathalie Combe, auteur ; Alix Dérouin, comédienne, chargée de mission ; Franz Déroin, comédien ; Odile Duboc, chorégraphe ; Jaky Evrard, directeur du Ciné-104 ; Véronique Fabbri, professeur de philosophie ; Pierre Fabbris, photographe, formateur ; Bruno Goubert, régisseur ; Matthieu Grimault, employé administratif ; Leïla Haddad, chorégraphe ; Jean Henoschberg, distributeur de films ; Catherine Hoogenboom, documentaliste ; Pascale Houbin, chorégraphe ; Sylvie Khun, comédienne, chanteuse ; Noël Hervé, producteur de disques de jazz ; Mathilde Leroy, étudiante, en service volontaire européen ; Pierre Lartigue, écrivain ; Laurence Louppe, critique d'art ; Gérard Mayen, critique de danse ; Lucie Mercier, étudiante en théâtre ; Georges Moustaki, chanteur ; Dominique Noguez, écrivain ; Raffi Ouchaklian, professeur de mathématiques ; Bernard Payen, journaliste de cinéma ; Dominique Petit, professeur de danse ; Claude Rambaut, comédienne ; Dominique Rebaud, chorégraphe ; Bernard Rémy, écrivain, attaché de presse ; Jacqueline Rémy, retraitée ; Alain Riou, journaliste de cinéma ; Laurence Rondoni, artiste chorégraphique ; Raoul Sangla, cinéaste ; Arnaud Sauer, régisseur ; Elisabeth Schwartz, danseuse, Laure Myers, danseuse ; Yann Sinic, auteur-réalisateur ; Erwan Tanguy, écrivain de théâtre ; Margot Videocq, étudiante en danse ; Christophe Wavelet, chercheur ; Evelyne Zarka, institutrice, conseillère municipale
Dans ce texte, les signataires écrivent notamment :
« (...) S'il n'y a plus d'élan dans nos sociétés, de pensée politique, nous sommes ramenés, de nos jours, à l'état de nature, à de simples états de corps. L'absence de pensée politique instaure un point de vue entre les gouvernants et les gouvernés : le citoyen est vu comme un être uniquement corporel. Un corps sans pensée. Il n'y plus que des problèmes de santé, de retraite. L'existence, mais pas toute, devient, redevient un problème administratif. Pour que l'existence soit traitée par l'administration, il faut qu'elle ait été modifiée, réduite d'abord par elle à son aspect matériel. L‘espèce humaine est réduite de moitié : on garde le corps et on écarte la pensée, la spiritualité, la mémoire. On ne danse pas uniquement avec son corps. Quel est le régime politique qui ne gouverne que des corps ? Qui a dissout la pensée dans certains lieux parce qu'elle s'est déjà retirée de l'action de certains dirigeants politiques ? L'absence de pensée comme valeur et gain de temps. Où s'incarne l'absence de pensée comme valeur, comme innovation ? Selon Nietzsche, la bêtise n'est pas un comportement mais un système, une organisation. On peut aussi enseigner la bêtise.
TF1 est l'Education nationale de la bêtise
C'est pour cela que son sigle est tricolore. TF1 n'a qu'un seul discours : « on peut très bien vivre, agir sans pensée et sans art ». On pourrait agir en faisant l'économie du moment de la pensée. Toutes les mémoires des pratiques ancestrales et nouvelles, du pêcheur à l'informaticien, savent que pour agir il faut penser un temps. Un mime, Etienne Decroux et un philosophe, à propos du moment de la pensée rapportée à une action, se rejoignent et parlent de l'hésitation comme rythme, la vie de la pensée vibrante entre deux actions.
Bergson dit : « nous percevons pour agir sur la chose perçue. » La pensée accueille la perception, attend un peu, hésite entre plusieurs actions possibles, entre plusieurs systèmes moteurs. Qu'est le type d'action que répète jour après jour TF1 ? L'action « directe », celle qui prétend « sauter » l'étape de la pensée. L'action sans pensée est toujours la même puisque ce qui permettait de choisir entre plusieurs formes d'action, la pensée, a disparu. En fait, avec l'action directe, il n'y a plus d'action possible. La non considération de la pensée entraîne la disparition de l'action et l'apparition de la barbarie en images et en corps. Action directe, action violente.
On ne sait plus qui des dirigeants politiques ou de TF1 exprime l'absence de pensée de l'autre.
« Ici, dans cette cité HLM, tout est calme, tout est propre, ordonné. La plupart des adultes sont au chômage depuis des années. Et à 40 ans, 50 ans, 60 ans, ils vivent prostrés devant la télévision » nous a déclaré, il y a quelque temps, le directeur du théâtre du Mans. La misère spirituelle s'accompagne de la misère physiologique. Il y a eut en France 10000 morts en août 2003. Qui peut vraiment dire que ces citoyens aient été frappés uniquement d'hypothermie ? La misère spirituelle conduit à un long éboulement du corps sur plusieurs années. Il sont morts, en pleine détresse, d'absence de corps. Jacques Callot a gravé sur du métal et dans nos mémoires l'effet d'un événement durable, la Guerre de trente ans, sur les corps. La faim, la misère décharnèrent, écrasèrent les corps. Dans les couloirs des urgences, les mourants n'avaient littéralement plus de corps. Aux images brutes de TF1 correspondent des corps qui s'affaissent lentement. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » dit François Rabelais..
Les signataires de ce texte proposent de renationaliser TF1. C'est une mesure de santé publique
(...) « Perception, pensée, corps et action. Ce que l'on voit donne un axe à nos corps, un style à la vie. Il est absolument vital pour nos corps de voir un genre qui manque actuellement à la télévision : l'art classique et l'art moderne. Faire entrer l'art à l'école – comme pensée et comme pratique – ne peut s'accompagner que du retour de l'art à la télévision : de François Rabelais, Dante, Buster Keaton à Samuel Beckett ; de Mozart à Louis Armstrong, d'Edith Piaf à Carmen Amaya, du Bernin, Rodin à Isadora Duncan, de la danse baroque à Merce Cunningham, du cirque russe aux Nicholas Brothers, de Jacques Callot aux mimes Decroux, Marceau, Jean-Louis Barrault, Chaplin, de Méliès à Philippe Decouflé, de Mondrian à Jacques Tati, de Malraux, la sculpture indienne à la danse indienne, de la danse et musique balinaises à Antonin Artaud, de la mime allemande Valeska Gert à Federico Fellini, de La Fontaine à Bob Wilson, et à la palette électronique des nouvelles images..., et aux jeunes femmes et hommes qui sont en train de créer dans une ville.
Pour que recommence, autrement, ce qui a déjà eu lieu dans les années 60 à l'ORTF, avec le soutien de Malraux : l'apparition, à côté des genres de la télévision (variétés, jeux, information...) de créations proprement télévisuelles. Des jeunes réalisateurs peuvent à nouveau se poser la question : qu'est-il possible de produire, maintenant, avec les moyens spécifiques de la télévision ? Voici un instant qui vient.
Une image qui fait du mal peut détruire lentement des vies, des réalités, des corps. Une image qui fait du bien ne peut tout résoudre. Il faut d'autres actes pour opérer le passage de cette image dans la réalité. Raoul Sangla, réalisateur à l'ORTF dans les années 60-70, qui mit en scène, entre autres, Discorama, vient de déclarer : « L'image de télévision, fut-elle la plus inventive, ne peut tout absorber. Il faut savoir achever une image. » Non pas pour que les lumières, le rêve, laissent la place aux durées de nos existences, mais pour rendre possible le passage de celle-ci à la vie quotidienne. Fondu au réel.
La politique, c'est, à la fois, ce qui n'a pas eu lieu et le retour de ce qui a eu lieu comme première fois ».
Le Comité pour la renationalisation de TF1 et pour l'art à l'école : « Aux âmes citoyens »
Les signatures, écrits, pensées, propositions peuvent être adressés à la revue Mouvement : c/o Jean-Marc Adolphe, Mouvement, 6 rue Desargues, 75011 Paris.
j-m.adolphe@mouvement.net


Date de publication : 16/03/2004


Mots-clés : école, art, télévision, TF1
Inséré le : 16/03/2004 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,