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Une même passion de la langue
Trois pièces de Didier-Georges Gabily
Chapeau : Violences, Gibiers du Temps, Chimère. Ces trois pièces de Gabily sont montées par trois metteurs au parcours singulier qui ont tous trois la particularité de lier de jeunes acteurs avec des artistes d'expérience, dans un esprit qui ressemble bien à ce que Gabily rêvait sur son plateau.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Bruno TACKELS rédacteur
Yann-Joël COLLIN Metteur en scène
Didier-Geoges GABILY dramaturge
Sandrine LANNO Metteur en scène
Nadia VONDERHEYDEN Metteur en scène
Texte : Depuis le début de la saison, trois textes de Didier-Georges Gabily ont trouvé leur traduction sur les scènes, après l'annulation du festival d'Avignon où l'on aurait dû voir les deux pièces maîtresses du dramaturge.
Violences et
Gibiers du temps ont trouvé une fragile survie pendant l'automne. Yann-Joël Collin présentait
Violences au CDN de Gennevilliers, avec d'anciens élèves du TNS, et Nadia Vonderheyden reprenait à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon l'épopée de
Gibiers du temps, avec des élèves sortants de l'Ecole d'acteurs de Cannes, avant quelques dates à Marseille en février (grâce au théâtre des Bernardines) à Montévideo, le lieu dédié aux écritures contemporaines et dirigé par Hubert Colas. Après une maquette présentée au «Jeune Théâtre national», Sandrine Lanno présente quant à elle
Matériau Chimère, issu de
Chimère et autres bestioles, au théâtre de la Bastille. Dans leur diversité active, ces trois propositions montrent à quel point l'écriture de Gabily peut nourrir des imaginaires singuliers, en dehors de tout systématisme.
Pendant plus de cinq ans, pour les acteurs de l'univers de Gabily (dont certains étaient devenus metteurs en scène), la seule réponse que sa mort avait rendu possible était le silence, ou du moins la prudence qui oblige au plus élémentaire retrait. Durant cette période dite de deuil, des metteurs en scène amis de cette langue ont courageusement occupé cet espace silencieux en montant différentes pièces de Gabily : Christian Colin avec Contention, Stanislas Nordey avec Violences, Aurélien Recoing avec TDM3.
Après cette période transitoire, les compagnons de Gabily commencent à pouvoir se remettre au travail avec la juste distance. C'est le cas de Nadia Vonderdeyden et Yann-Joël Collin, qui ont travaillé de très près avec Gabily, et qui depuis quelques années ont mis en place un profond travail pédagogique avec des groupes de jeunes acteurs en formation (ERAC et TNS). Sans parler de jeunes gens qui découvrent par eux-mêmes cette écriture et qui décident de se la réapproprier, comme Sandrine Lanno avec
Chimère, ou le groupe 347, un ensemble de jeunes artistes qui occupent un squat près de la place des Victoires, et qui ont longuement travaillé
Théâtre du Mépris 3, pour la grande manifestation Gabily de l'été 2003, annulée pour les raisons que l'on sait. A noter que ces deux projets ont tous deux fait appel à des aînés : Grégoire Œstermann, pour
Chimère, et Bernard Ferrera pour
TDM 3.
Violences et
ouvrent deux mondes bien différents, et pourtant ils se trouvent reliés par la même passion de la langue, une matière vive, la langue à laquelle les acteurs des deux projets se sont littéralement abandonnés, à corps perdus, et donc merveilleusement grandis, sortis de leurs (prétendues) limites. Dans les deux cas, l'exigence absolue est de prendre le temps, beaucoup de temps. Des années de travail (plus de deux pour les élèves de Strasbourg, plus de trois pour ceux de Cannes). Un luxe inouï en ces temps de récession, mais la seule issue pour faire tenir les textes. De réputation difficile, la trame narrative des deux pièces s'en est trouvée fortement simplifiée. C'est particulièrement vrai pour Violences, dont les deux époques (campagne et ville) ont été mélangées, ce qui a pour effet de mettre en relief l'enquête policière qui structure la pièce. De la fidélité dans la libre indépendance.
A lire ensemble la constellation de ces différentes propositions, on sent bien que les textes de Gabily commencent à rendre possible l'œuvre qu'il essayait laborieusement de faire éclore, une œuvre qui se transmet, qui forme les générations à venir, et qui établit des liens entre les dites sagesses d'hier et celles qui viennent.
Matériau Chimère, d'après Chimère et autres Bestioles, de Didier-Georges Gabily, mise en scène. Sandrinne Lanno, jusqu'au 3 avril 2004 au Théâtre de la Bastille, tel. 01 43 57 42 14.
Inséré le : 30/03/2004 00:00
Thèmes : théâtre,