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Splich, Splach, Sploch

Une exposition réalisée à partir de deux performances.

Chapeau : Un mur peint, deux installations/performances, deux esquisses : cinq œuvres de l'Américain Richard Jackson et autant de raisons de se rendre à la Galerie Vallois.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Apparence :

Ophélie RAMONATXO rédacteur
Richard JACKSON plasticien

Texte : Richard Jackson est maladroit, gauche, paresseux. Pas fichu de mettre une goutte de peinture sur une toile qu'il expose à l'envers. Pas capable de ranger ses brosses et ses pots de Ripolin usagés. Même pas disposé à éviter d'asperger les spectateurs de ses performances déjantées. Décidément pas doué... Né en 1939 à Sacramento, il semble travailler par cycles : les années 80 sont celles des Big Ideas, séries architecturales monumentales ; la décennie 90 consacre plutôt ses « machines à peindre » toujours aussi gigantesques comme Vespa et Lazy Boy, deux œuvres à voir, entre autres, chez Georges-Philippe et Nathalie Vallois. La technique de Jackson? Le barbouillage par cercles, l'aplat d'enduit, l'éclaboussure grasse, le tout fidèle à une action painting omniprésente et à une palette variant entre le rose chewing-gum, le jaune « mayo », le rouge...à lèvres, sans oublier le bleu nuit, le vert fluo, le noir. A voir comment cet Américain a le don de faire sortir la peinture de ses gonds et de son cadre, en l'étalant davantage sur les murs ou le sol qui l'entoure. On entrevoit deux solutions : soit cet homme est aussi horripilant que le fauteuil de relaxation à grosses fleurs qu'il a décidé, à juste titre, de lacérer de couleurs, soit cet individu est un géant intervenant dans un espace d'exposition trop petit pour ses grosses mains qu'il essuie au dos des cimaises. La deuxième explication permet dès lors de comprendre pourquoi il accole plusieurs toiles les unes à la suite des autres en vue de gagner de l'espace. Pourquoi un vieux scooter arrimé par une chaîne à une machine centrifugeuse devient sous ses doigts un tourne-disque pour mégalos et surtout pourquoi cet imposteur prend des airs de fin géomètre lorsqu'il laisse sur ses œuvres des quadrillages au crayon, taillés à l'équerre ? Nous y voilà : formé par l'expressionnisme abstrait, Richard Jackson nous projette hors de l'art en renversant ses bonnes mœurs, en industrialisant la peinture, en cachant ce qui devrait être le cœur de l'œuvre mais en fin de compte il nous y ramène, de par ses faux-semblants accumulés. Derrière la grossièreté de ses mobylettes et sofas à peindre mécanisés, il y a un travail entièrement fait à la main, une finesse qui tend vers un incroyable humour, des esquisses réalisées sur papier calque, épurées... Le plasticien aux allures de nihiliste actif fait de ses œuvres des cibles à transpercer, dans lesquelles on peut aussi voir, parfois, des Delaunay. La technique transcende son sens originel, ne se contente plus d'être le simple prolongement de la main humaine qui, s'armant de meubles et même de toiles en guise de pinceaux, devient l'exacerbation du pouvoir vain et de l'orgueil de l'artiste. Un seul regret : les machines à peindre de Jackson ne sont pas exposées en perpétuelle activité. Immobiles, elles renvoient à des images de friches industrielles que l'art contemporain se charge, d'ordinaire beaucoup plus tard, d'investir et de réactiver.

Richard Jackson, Unusual Behavior,jusqu'au 21 avril 2004.Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, 36 rue de Seine 75006 Paris. Tél : 01 46 34 61 07.



Date de publication : 01/04/2004


Inséré le : 30/03/2004 00:00
Thèmes : arts plastiques,