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Walking Woman

"Biography", dernier ouvrage de Michael Snow.

Chapeau : Le livre Biography, qui vient d'être publié aux éditions de la Lettre Volée, rend compte comme un catalogue raisonné de toutes les œuvres produites par Michael Snow concernant la Walking Woman.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Apparence :

Jacinto LAGEIRA rédacteur
Michael SNOW photographe

Texte : Comme l'indique son titre générique, la Walking Womande Michael Snow est une femme qui marche, bien qu'elle ne soit pas une femme particulière ou un archétype de la femme. Il s'agit plutôt d'une image de marque, d'une trademark ainsi que le dit Snow, d'une signature pourtant aisément reproductible par tout un chacun. Forme simple et sans qualités particulières, la Walking Woman est démultipliée, déformée, reprise et recomposée depuis de nombreuses années par l'artiste jusque dans ses toutes dernières œuvres – par exemple dans le dernier film, *Corpus Callosum (2000-2001), même si la période d'intense production relative à ce signe plastique se situe entre 1961 et 1967. Dans cette importante production il n'est pas étonnant de voir apparaître la Walking Woman dans la plupart des matériaux, genres et styles pratiqués ailleurs par Snow. Le film, la photographie, la sculpture, l'installation, la peinture et même le champ musical sont des supports pour cette femme de profil, allant toujours de l'avant, marchant vers quelque but inconnu. Telle une allégorie du travail de Snow, cette figure correspond bien à un work in progress tout à la fois indéfini et précis, incertain et sûr, accompli et inachevé. Pour que cette image puisse être reconnue sans confiner à la monotonie et à la répétition, Snow a dû développer des trésors d'imagination quant à la forme elle-même, pourtant toujours suffisamment identique à son modèle d'origine, ainsi que pour l'utilisation des matériaux. On peut ainsi constater qu'il a utilisé, parmi tant d'autres techniques ou procédés, le spray, la peinture émaillée ou à l'huile sur toile, le graphite et l'huile sur bois, du métal dépoli, de la résine de polyester, de l'acrylique sur masonite, du bois peint, du papier, des collages dans la rue ou sur des portières de voiture, des pochettes de disque, des drapeaux, des publications dans les journaux – notamment dans le Village Voice du 4 février 1965. Le premier film réellement abouti de Snow (le second dans sa production), New York Eye and Ear Control (1964), est un film qui joue sur le son et l'image, la musique et la vision mettant en scène plusieurs formes, emplacements et dispositions possibles de la Walking Woman dans la ville.
Plus qu'aux bandes utilisées par Buren ou aux coups de pinceaux de Toroni, c'est aux blp de l'artiste américain Richard Artschwager que la Walking Woman fait penser. Comme les mystérieux signes de ce dernier artiste, elle est sobre, fragile, peu attirante, mais peut également prendre de la place, accaparer le regard et le corps du spectateur. Car jusqu'à aujourd'hui, il s'agit pour Snow de faire signe avec une image banale qui, par ses évolutions et transformations continuelles, est aussitôt perçue comme la marque de fabrique de l'artiste pour ceux qui ont déjà pu l'avoir vue ici ou là, et demeure pourtant, comme à ses commencements, une image simple, passe-partout, sans aspérité, sans forme extraordinaire qui attire le regard. La Walking Woman une forme qui passe, une image qui s'efface, une figure de la transition.

Biography,, Michael Snow, éditions de la Lettre Volée 2004.


Date de publication : 01/01/2004


Inséré le : 30/03/2004 00:00
Thèmes : arts plastiques,