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Italie: attention danger!

Chapeau : Au pays de Berlusconi, les attaques contre la culture se multiplient et se précisent.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 15

Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Silvio BERLUSCONI personnage politique
Vittorio SGARBI personnage politique
Catherine TASCA personnage politique

Texte : Catherine Tasca, ministre de la Culture interrogée sur France-Culture le 17 janvier, a indiqué qu'elle «ne souhaitait pas» la présence à ses côtés de Silvio Berlusconi pour inaugurer le prochain Salon du Livre (22 au 27 mars) où l'Italie est le pays invité d'honneur. «Je connais», a poursuivi Catherine Tasca, «les positions de M. Berlusconi dans des domaines comme la création ou la diversité culturelle. Personnellement, je suis très inquiète de la politique qu'il mène dans son pays et je préférerais un autre parrainage pour le Salon qui va s'ouvrir».
La réaction de Berlusconi ne s'est pas fait attendre. Le soir même, Paolo Bonaiuti, porte-parole du président du Conseil italien, répliquait: «Jusqu'à il y a quelques minutes le président Berlusconi ignorait l'existence même d'une certaine Mme Tasca. Et dans tous les cas de figure il continuera tranquillement à l'ignorer».
Par ailleurs, la position courageuse de Catherine Tasca n'a guère ébranlé le président du Syndicat national de l'édition, Serge Eyrolles. Interrogé par l'AFP le 18 janvier, à l'issue d'un déjeuner à l'Elysée, celui-ci a refusé toute polémique: «Ce qui m'intéresse, c'est de développer le Salon, qu'il y ait le plus possible de visiteurs! Nous convions la littérature du pays invité d'honneur, l'Italie cette année, et je suis fier de le faire. C'est un des pays avec lequel nous sommes le plus proche en terme d'échanges. Nous avons donc invité M. Berlusconi et j'espère qu'il viendra», en ajoutant que ce dernier est aussi le plus grand éditeur italien (avec Mondadori).
Les intentions du gouvernement Berlusconi en matière culturelle, toutefois, se précisent de semaine en semaine. Après les scandaleuses déclarations du secrétaire d'Etat Vittorio Sgarbi qualifiant l'art contemporain «d'art excrémentiel» (déclarations largement évoquées et commentées dans le dernier numéro de Mouvement, qu'un remarquable article du quotidien suisse «Le Temps» a relayé, le 9 janvier*), le ministère italien des Biens Culturels passe aux actes. Le remplacement anticipé du président de la Biennale de Venise par un industriel proche de Silvio Berlusconi n'ont guère soulevé de protestations. En revanche, les milieux du cinéma commencent à s'émouvoir des mesures particulièrement régressives prises dans ce secteur. Dans «Le Monde» du 21 janvier, Jean-Michel Frodon attire l'attention sur le limogeage expéditif de Lino Micciché, directeur de la prestigieuse Ecole de cinéma de Rome, et son remplacement par un sociologue à la mode, Francesco Alberoni, ami personnel de Berlusconi; mais aussi sur la prochaine nomination à la tête de Cinecitta Holding de l'ancien patron de Canale 5, la chaîne privée de Berlusconi; et sur la démission obligée de la directrice d'Italiacinema, un organisme qui oeuvre à la promotion des films italiens à l'étranger.
Mais nous n'en sommes certainement là qu'aux prémisses d'une vaste entreprise de démantèlement des structures culturelles en Italie. Le ministre des Biens Culturels, Giuliano Urbani, a récemment fait appel, à titre de conseiller spécial, au très réactionnaire Franco Zeffirelli, pour qui seule la tradition de l'opéra semble digne d'intérêt. Dans «La Repubblica» du 6 janvier, Franco Zeffirelli n'a pas tardé à s'en prendre violemment à l'ETI (Ente Teatrale Italiano), seul organisme public de soutien au théâtre.
Les artistes, intellectuels et démocrates italiens ont vraiment du souci à se faire!

Date de publication : 01/01/2002


Mots-clés : fascisme, politique culturelle, Italie
Inséré le : 25/01/2002 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,