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Ouçamalairmalbarré et consorts

Gengis parmi les pygmées, de Gregory Motton à la Comédie-Française

Chapeau : Introduit en France par Claude Régy en 1992 avec Chutes, Gregory Motton poursuit depuis 1995 un triptyque consacré aux tribulations de Gengis, Tata et Tonton. Au théâtre du Vieux-Colombier, du 24 mars au 30 avril 2004.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Mari-Mai CORBEL rédacteur
Gregory MOTTON auteur
Thierry de PERETTI Metteur en scène

Texte : Introduit en France par Claude Régy, en 1992 avec Chutes, Gregory Motton poursuit depuis 1995 un triptyque consacré aux tribulations de Gengis, Tata et Tonton : à Chat et souris (moutons) succède Gengis parmi les pygmées. Les titres reflètent l’originalité d’une forme drôle-amère, héritière de l’humour noir anglais mais aussi de Jarry, de Gombrowicz ou de Copi, dans la référence gay (la « tata » ou le rainbow®coffee allusif au rainbow flag) ou l’enchaînement fantasmagorique des scènes. Parti pour comprendre l’économie planétaire, Gengis entreprend un voyage initiatique à l’envers. Cocasses, les dialogues épinglent paradoxalement avec acuité la globalisation - en pure perte. Pour combattre l’Amérique - « pas un pays mais un état d’esprit » dit Tonton en supporter – il faudrait plus que la comprendre.
Peut-être jouer l’idiotie. Gengis oppose ses défauts, («J’avais une idée vraiment bonne à l’instant, et je l’ai oubliée ») ou une immaturité contagieuse. Face à l’ordinateur portable, il ne trouve qu’à le baiser. Exit la magie d’un monde si complexe que les pygmées que nous serions n’auraient aucune compétence pour en juger. La scénographie s’installe en devant de scène, devant un rideau de lames de plastique translucide qui reçoit des projections vidéo. La loufoquerie et la bigarrure des costumes ou des lumières, la variété des scènes, donnent lieu à un théâtre des métamorphoses. Les comédiens (dont Coraly Zahonero et Guillaume Gallienne dans plusieurs rôles) inventent du jeu, de l’imprévisible, ils prouvent la singularité humaine et la tyrannie d’un monde où « nous ne faisons qu’Un », dixit Tonton. Dirigés avec tact, ils ne cabotinent pas. Le rire reste le plus souvent intérieur – l’éclat d’un vertige entre une angoisse du futur et une rouspétance grotesque. Ce monde peace-and-love que promet Tonton, se conquiert en vérité par la guerre (les images d’un war game en donnent la perspective). Le conflit refoulé s’accumule aux marges ou s’enkyste : l’ombre chinoise d’Ouçamalairmalbarré apparaît dans un disque à la manière d’une silhouette de Mickey ; pour finir, Gengis (Mathieu Genet en Candide consciencieux) se barde de dynamite.
Les résonances électro-accoustiques, douces et inquiétantes, arythmiques, de Sylvain Jacques, recèlent le murmure d’un monde défiguré auquel les humains sont sourds. En écho, deux fauteuils de théâtre mettent entre parenthèse le proscénium, et insinuent un monde enfermé dans ses représentations. Deux excentriques, Vickie O’Régime et Soul Prestige, en font une repoussante démonstration. La comédie et la publicité sont de mèche pour entretenir le mensonge collectif : Pierre Vial (en Tonton paterno-colonialiste), pour vanter Arc-en-ciel, le café du futur, passe insensiblement du ton théâtral au publicitaire. De connaître la condition faite aux pays exploités ne déclenche par de remise en cause. Gengis part aux Philippines expérimenter le statut d’ouvrière textile, y rencontre Lilipuce pro-américaine - la scène s’approfondit en un plateau plus concret et vide. La carte postale d’un couchant sous les tropiques est projetée : c’est un memento memori de pacotille pour une nature souillée. Thierry de Peretti, par touches, met en relief la dimension mythique de la pièce. L’Américain Maurice Pork, est transformé en femme d’affaires à lunettes, lookée, et coiffée d’un chignon pyramidal. La tarabustante et excessive chevelure dénonce à l’œuvre quelque androgyne vengeresse, une Pandore qui se serait glissée de façon burlesque dans la peau d’un Amerlock, bien décidée à emmener un monde machiste, au gouffre…

Gengis parmi les pygmées, mise en scène de Thierry de Peretti. Au théâtre du Vieux-Colombier, du 24 mars au 30 avril 2004. Tl : 01 44 39 87 00/01




Date de publication : 08/04/2004


Inséré le : 06/04/2004 00:00
Thèmes : théâtre,