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Quatre pièces avec vue sur l'horizon
Marseille Objectif Danse.
Chapeau : Honore ton père et ta mère ! Avec une pointe de faux détachement, Georges Appaix danse l'un des
Dix Commandements, aux côtés de créations des compagnies Ex Nihilo, Itinérances et Skalen. Un travail essentiel, pourtant refusé par le ministère de la Culture...
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Frédéric KAHN rédacteur
Georges Appaix chorégraphe
Collectif EX NIHILO compagnie de danse
ITINERANCES compagnie de danse
Collectif SKALEN compagnie de danse
Texte : Au fil des ans, la programmation mise en œuvre par Josette Pisani au sein de Marseille Objectif Danse a permis au public de la région marseillaise de se familiariser avec les langages chorégraphiques les plus singuliers. Une véritable action de formation du regard, sans démagogie et ne cédant rien à l'exigence. Exemplaire ? Pas pour la Direction régionale des affaires culturelles Paca qui n'a pas cessé, année après année, de diminuer son soutien pour finalement, depuis 2004, totalement se désengager de l'association. Certes Marseille Objectif Danse n'a pas de lieu de programmation fixe, certes, aujourd'hui, la diffusion de la danse dans l'ère métropolitaine est bien mieux assurée qu'il y a quinze ans. Marseille Objectif Danse n'est ni un festival ni un lieu de diffusion, mais une structure atypique qui accompagne les démarches artistiques avec un rare souci éthique. Pourquoi paye-t-elle aussi chèrement sa différence ?
En tout cas, si l'Etat ne juge pas digne d'intérêt l'action de Marseille Objectif Danse, il n'en va pas de même pour le public qui a suivi avec avidité le programme,
1 pièce + 3, proposé la semaine dernière par l'association au Théâtre de la Minoterie. L'occasion de voir le travail de quatre compagnies installées à Marseille : Ex Nihilo, Itinérances, Skalen et Georges Appaix.
Ex Nihilo prolonge avec finesse sur le terrain fictionnel une expérience initialement menée dans l'espace urbain. Pendant deux ans, le collectif a été invité en résidence à la Compagnie (un autre collectif d'artistes) implanté dans le quartier de Belsunce.
« Les quatre danseurs se sont glissés quotidiennement dans le flux des passants, le mouvement des rues de ce quartier de centre ville. » Passants, la pièce présentée à la Minoterie fait plus que témoigner de cette expérience. Anne Le Batard et Jean-Antoine Bigot font preuve d'une indéniable capacité à transformer un lieu de représentation en espace commun. Et ce, même si certains éléments scénographiques manquent de percutance. La rue et ses signes pénètrent dans les couloirs du théâtre. La restitution par l'image filmée des pérégrinations chorégraphiques dans la ville se prolonge dans les différentes salles du théâtre par des interventions dansées. La gestuelle charnelle, physique, engagée correspond à ce que l'on ressent au contact de la ville. Les protagonistes entament une lutte acharnée contre l'anonymat et l'errance. Et la cité policée doit céder la place à la ville sensible telle qu'a pu la rêver Italo Calvino :
« Tous leurs actes sont à la fois l'acte lui-même et son image spéculaire, laquelle possède la dignité particulière des images, et interdit à leurs consciences de s'abandonner, ne serait-ce qu'un instant, au hasard ou à l'oubli. »(Italo Calvino,
Les Villes invisibles).
Histoire d'eux, spectacle proposé par Christine Fricker et sa compagnie Itinérances offre moins de perspectives poétiques. La chorégraphe aborde de front et en toute conscience l'un des plus vieux sujets du monde : un homme, une femme, une rencontre amoureuse. Le texte-support écrit par Guy Robert ouvre des pistes intéressantes. Mais la proposition, trop longue, n'arrive pas à dépasser la citation pour développer un langage véritablement singulier.
Deuxième étape de
Pré-vues la création de Skalen, collectif chorégraphique visuel et musical : l'alliance des médias est encore en gestation. Dans un décor qui sépare plus qu'il ne réunit, la chorégraphie apparaît comme esseulée, livrée à elle même. Elle ne prend pas assez d'ampleur. Michèle Ricozzi doit déployer avec plus de radicalité le centre névralgique de la pièce. Le musicien Jean-Marc Montera, lui, est dans ce qu'il sait faire. Il est accompagné par Jean-François Pauvros et c'est un vrai plaisir de les écouter jouer avec et autour du
Paint it black des Stones. Quant au jeune vidéaste-plasticien Patrick Laffont, son talent saute aussi aux yeux. C'est avec sa relecture que la pièce (d'abord filmée en tant réel puis rediffusée en vitesse accélérée) dérape. Preuve, sans doute, qu'elle est sur la bonne voie.
Enfin c'est avec beaucoup d'aisance que Georges Appaix a répondu à une commande de Richard Dubelsky. Ce dernier s'est lancé dans une aventure un peu folle : créer dix formes brèves de théâtre, musique et danse à partir des
Dix Commandements. Georges Appaix a hérité de la cinquième loi divine, à savoir : honore ton père et ta mère. Pas évident, à priori, de répondre sur un plateau de danse à une telle injonction.
Et pourtant, avec une pointe de faux détachement, Catherine Pavet et François Bouteau donnent une interprétation iconoclaste, mais surtout juste et touchante, de l'un des fondements moraux de notre société judéo-chrétienne. La partition est autant logique que poétique. Exemple : honorer signifie littéralement donner du poids, mais dans le don, il y a aussi une part d'oubli. On sent bien à quel point le chorégraphe cherche l'équilibre du corps et des choses par le sens. Dit comme ça, ce n'est pas clair. Avec lui, c'est limpide !
1 pièce + 3, programmation Marseille Objectif Danse, du 1er au 3 avril, au Théâtre de la Minoterie.
Rens : 04 95 04 96 42
Date de publication : 08/04/2004
Inséré le : 06/04/2004 00:00
Thèmes : danse,