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E et Boum le Rythme primordial et souverain
Fernand Schirren, portrait
Les leçons étonnantes d'un maître singulier qui enseigne aujourd'hui à PARTS.
Fernand Schirren est un drôle de bonhomme. A près de 77 ans, il joue encore les pianistes du temps où le cinéma ne causait pas. Chaque lundi, au Musée du Cinéma de Bruxelles, il accompagne les films muets, avec une prédilection toute naturelle pour Chaplin et Keaton, mais surtout pour Laurel et Hardy. Le petit et le gros le captivent toujours autant. C'est que dans la vie, il y a des petits et des gros, comme dans le rythme il y a des «E» et des «Boum».
Il est possible, et même probable, que vous n'ayez jamais entendu parler de cette histoire de «E» et de «Boum». C'est simple, vous n'étiez pas à l'école Mudra entre 1970 et 1988.
Reprenons. Mudra est le nom de l'école de danse fondée par Maurice Béjart à Bruxelles dans la continuité du Ballet du XXe siècle. Une véritable pépinière de futurs chorégraphes francs-tireurs: Maguy Marin, Dominique Bagouet, Anne-Teresa de Keersmaeker, François Hiffler et Pascale Murtin (l'actuel duo de Grand Magasin), Michèle-Anne de Mey, Hervé Robbe, Pierre Droulers, José Besprosvany, Catherine Diverrès et Bernardo Montet, etc. . . Tous n'ont pas, loin s'en faut, appliqué l'enseignement de Maurice Béjart. Mais beaucoup se souviennent avec ferveur d'un personnage atypique à Mudra, Fernand Schirren. Officiellement, il y enseignait le rythme.
Béjart avait fait appel à lui dès 1961. Nonobstant le «Monsieur Farfelu» qu'il incarnait pour une émission de la télévision belge, «Les Mille et un jeudis» (où il improvisait en inventant des instruments), Schirren naviguait du côté de la musique concrète, réalisait des montages sur bande magnétique. Béjart l'engage pour la musique d'un ballet intitulé Les Quatre Fils Aymon: «Béjart m'a dit: 'c'est la chanson de Roland; la chanson de Roland, c'est le Moyen-Age; le Moyen-Age, c'est le folklore; donc je vais faire quelque chose d'un peu japonais: il me faut cinq batteurs'. C'est comme ça qu'il raisonne Béjart, et c'est sa force par ailleurs. Alors, je lui ai dit: je vais faire ça tout seul».
Les mauvais élèves m'ont obligé à formuler ce que je savais déjà
Fernand Schirren a, comme on dit, le sens du rythme. Il tient cela de la peinture, et plus particulièrement de son père, un fauviste du début du siècle: «Quand il parlait d'un autre peintre, il disait: 'il a le rythme des couleurs. . . tu vois ce vert profond. . .'. Ce n'était pas par référence à la musique. Il y avait un rythme là-dedans. Alors on parlait du rythme de la vie. . . on mettait le rythme à toutes les sauces. Or, il y avait quelque chose qui était là. . . Cette chose qui n'est pas dans les choses, mais entre les choses; la chose qui est entre les choses, qui n'est pas dans les notes, mais entre les notes, qui n'est pas dans les temps, mais dans la manière de vivre entre les temps».
A Mudra, Schirren se réjouit d'avoir à enseigner à des danseurs et non à des musiciens: «Le rythme est dans le corps, dans le physique. Pour un danseur ou un comédien cela est évident, mais non pour un musicien». Les «mauvais élèves» ne le découragent pas, bien au contraire: «ils m'ont obligé de formuler ce que je savais déjà! Un enseignement n'est jamais pur. Ma conception du rythme n'était pas complète, toute faite à l'avance. J'ai fait une confusion au début de mes cours: je croyais que c'était un rapport à la pesanteur. Etre contre la pesanteur ou avec la pesanteur. Mais ce n'est que le résultat! Le rythme est ce qui vient avant la danse, qui est la danse de la danse, avant que la danse soit danse. C'est cette chose qui pousse à la danse. Le rythme n'a pas de sentiment. Il n'est pas triste, il n'est pas gai ».
Au fil de son enseignement, Schirren affine ses cours. Comment parler du rythme sans évoquer une perception globale des choses? «Tu as d'une part l'Univers et de l'autre la vie, la vie qui va 'contre'; tu as les lois de l'Univers, la pesanteur, mais les arbres poussent vers le haut. Il y a là quelque chose de divin à côté de quelque chose de diabolique. La vie va comme ça. La vie est en opposition.
Dominique VERNIS,
Publié le 1996-01-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : portrait
Thème(s) : danse, musique,
Mot(s) Important(s) : apprentissage, rythme, danse, Belgique,
Artiste(s) : Dominique VERNIS (rédacteur), Fernand Schirren (compositeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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