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Un "guerrier de la beauté"


Jan Fabre, metteur en scène



Artiste polymorphe, initialement formé à la peinture, rôdé aux «performances», il a développé dès le début des années quatre-vingt un époustouflant travail de mise en scène qui navigue librement entre le théâtre, la danse et l'opéra.


Enfant terrible de la «nouvelle vague» flamande des années 80, Jan Fabre signe une oeuvre scénique ambitieuse et protéiforme, entre théâtre, danse et opéra. Après des études à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers, il commence à écrire des textes de théâtre, puis présente à la fin des années 70 des «actions» provocatrices et des «performances privées» dans lesquelles il n'hésite pas à impliquer son propre corps. A partir de 1980, tout en poursuivant une oeuvre de plasticien ponctuée par de nombreuses expositions, il passe à la mise en scène et se distingue d'emblée par une trilogie tourmentée, où son passé d'artiste de performance contribue à bousculer les genres établis avec une impitoyable liberté. C'est du théâtre comme il était à espérer et à prévoir (1982) libère une énergie physique débridée, où la tension s'installe dans des climats de violence et d'agressivité. Le spectacle dure huit heures. A la Biennale de Venise, en 1984, il crée Le Pouvoir des Folies Théâtrales; une pièce de quatre heure et demie que Jan Fabre dédiera à la mémoire du philosophe Michel Foucault.
Entre discipline et chaos, Jan Fabre ne choisit pas; il oscille de l'attraction à la répulsion, dans des dramaturgies fouillées au scalpel, où le mouvement (dansé ou non) intervient comme turbulence, panique, frénésie. Dans ses mises en scène chorégraphiques comme dans les textes de théâtre, il pratique une sorte de cynisme métaphysique.
Habitué à de tels univers agités, le public a été quelque peu décontenancé par le premier ballet de Jan Fabre, un ensemble de sections dansées (1987) pour l'opéra Das Glas im Kopf wird vom Glas, où s'exprime, au contraire, une imperturbable froideur minimale. Jan Fabre définit globalement son travail comme une «recherche de la beauté en tant qu'hommage à l'absence et à l'indicible».
«Guerrier de la beauté», comme il se définit lui-même, Mouvement le présentait l'été dernier comme un «artiste de la provocation» (n°9, juin-septembre 2000). Pour sa première apparition française dans l'un des grands festivals de l'été , Jan Fabre créait alors, «As long as the world needs a warrior's soul», véritable attentat corporel contre l'idéologie de la propreté. Quelques semaines plus tard, il récidivait à Avignon avec une création décidée sur le tard, «My movements are alone like streetdogs», un solo chorégraphié pour la danseuse islandaise Erna Omarsdottir, présenté dans le cadre du Vif du Sujet.
Voici quelques années, Jan Fabre avait rêvé d'un projet pour la Cour d'Honneur du Palais des Papes, en Avignon. Un financement de production insuffisant, mais aussi, sans doute, le peu d'empressement de la direction du festival d'Avignon à livrer la Cour d'Honneur à un spectacle forcément «hérétique», avaient eu raison de ce rêve. Mais l'une des armes de Jan Fabre est la patience. Cet artisan-alchimiste de la beauté traque obstinément, depuis vingt ans, l'énigme des nuits et le mystère des corps. Beaucoup de pseudo-provocateurs se seraient assagis. Pas lui. Il vient même de renouer, le temps d'un «rituel» de sept heures, lors du festival Polysonneries à Lyon, avec la radicalité de ses premières performances. Le corps et la tête enserrés dans une armure-carapace (à l'image de ces scarabées qu'il affectionne et avec lesquels il réalise d'étonnantes sculptures), Jan Fabre aura de plus fait couler son sang pour peindre, Sanguis/Mantis, en mots et traces, la veine même de cette alchimie qui consiste à transformer les ténèbres en vision.L'allégorie est le royaume de Jan Fabre. Dans le texte poétique qui irrigue (comme une vertigineuse incantation ?) «Je suis sang», l'artiste proclame: «nous vivons toujours au Moyen-âge».


Autres chorégraphies et mises en scène: Theater geschreven met een K is een Kater (1980); Das Glas im Kopf wird vom Glas (1990); The Sound of one Hand Clapping, chor. pour le Ballet de Francfort (1990); Sweet Temptations (1991); Silent Screams, Difficult Dreams (1992); Da un'altra faccia del tempo (1993); Glowing Icons (1997); The fin comes a little bit early this siecle (but business as usual) (1998).


Bibliographie: FAB

Jean-Marc ADOLPHE,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : biographie
Thème(s) : théâtre, danse, performance,
Mot(s) Important(s) : provocation, biographie, performance, souffrance, pluridisciplinarité, Belgique,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Jan FABRE (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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