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Fastes projets, moisson délétère.
Piètre prestation des élèves du théâtre national de Strasbourg.
Chapeau : Que font les élèves au Théâtre National de Strasbourg ? La perplexité est de mise face à la totale médiocrité de la présentation de fin de promotion (34) sous l'égide de Stéphane Braunschweig : Chastes projets, pulsions d'enfer.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : chronique (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Cécile Faggiano rédacteur
Stéphane Braunschweig Metteur en scène
Texte : Comment une école nationale réputée qui « forme » ? ou « formate » ? au standard d'un théâtre hâbleur, des jeunes gens aux métiers de la scène à longueur d'année, s'autorise-t-elle l'exposition de résultats aussi médiocres qui invitent sans détour à la rage ? On peut se poser la question au vu du spectacle intitulé
Chastes projets, pulsions d'enfer (avec des textes de Brecht, Wedekind...), issu d'un atelier de Stéphane Braunschweig, que la promotion 34 du TNS vient de présenter à Paris au théâtre de la Cité internationale.
Si l'enjeu de cette formation prestigieuse (2000 postulants pour 35 reçus par promotion) n'est pas de permettre à chaque élève de développer ses qualités propres pour aller toujours plus avant dans une exigence de travail en commun, alors le TNS peut enfiler les blouses portant la mention « éducation populaire » pendant qu'il encaisse l'argent public pour d'obscurs intérêts, à l'instar de Paduk dans
Lux in Tenebris. Il paraît que de nombreux élèves ne se sentent pas l'obligation de suivre certains enseignements ? notamment les disciplines corporelles ? et qu'une fois admis au concours, la plupart travaillent à faire fructifier leur « carrière » sans envisager d'abord d'apprendre leur métier, si tant est qu'être comédien s'apprend dans une école.
Disons le franchement, les apprentis comédiens n'ont pas appris à jouer.
Leur spectacle est un salmigondis de mimiques empruntées à la pire engeance du gag et de la publicité réunis, certes fort utiles pour ceux qui se destinent au fonctionnariat dans les feuilletons prenant pour décor des commissariats ou autres sécurisantes arrières boutiques.
Le narcissisme éhonté de ce cabotinage fait se demander si cette promotion n'est pas sponsorisée par L'Oréal, « parce qu'elle le vaut bien ». A moins qu'Artaud ou Grotowsky ne se lisent de préférence à l'envers et en biais à Strasbourg ? Et il y a fort à parier qu'on ne s'est pas trop attardé non plus sur
De l'inutilité du théâtre au théâtre de Jarry parlant
« de quelques objets notoirement horribles et incompréhensibles (...) qui encombrent la scène sans utilité, en premier rang le décor et les acteurs. » Lecture hautement recommandable qui nous aurait épargné cette débâcle.
« Aveugles, pensez à ceux qui voient ! », pour reprendre une formule d'Annie Le Brun qui contre à ravir la berlue que nous souhaiterait Braunschweig pour supporter ses méfaits.
Ça gesticule, ça harangue le public, ça braille, bref, ça exaspère. A quoi riment ces trois années et demie de formation pour remâcher vulgairement du naturalisme à la petite semaine tel que n'en produisent plus les salles des fêtes ?
Du mauvais boulevard sur Wedekind et Brecht, du manichéisme pour petit-bourgeois qui claque du pied la porte de son boudoir en ayant l'impression de signer le « 18 brumaire », du poncif, de la catéchèse. Le clou avec lequel on enfoncerait bien le pitre à l'origine de ces malversations est tout de même le moment où l'Internationale est mêlée à la défense des saintes vertus de l'Eglise. Suffit du totalitarisme ordinaire du n'importe quoi qui assène des coups à tous vents en vestes réversibles, avec la subtilité de Guignol dans son castelet ! Suffit des amalgames qui ne font rire que ceux dont les fantasmes tiennent dans le tube cathodique ! Nous accordons que Brecht n'est pas fin dentellier mais la mise en scène déborde ici, en d'étranges partis pris et à contresens, ce que sa pensée peut déjà contenir d'ambigu. Il n'est d'analogies pertinentes que dans l'articulation fondée et précise des deux réalités confrontées, certainement pas dans un flou grossier qui en désamorce l'impact subversif et sensible, mentant ainsi sur ses objectifs en toute bonne conscience.
Où se situe le théâtre contemporain pour ces jeunes gens, joliment offerts comme les hôtesses au salon de l'automobile, dans un catalogue qui indique leurs mensurations ? Prépare-t-on avant tout ces « comédiens » à se « faire une place » dans le théâtre privé ?
Rappelons-nous seulement, comme une bouffée d'air frais ou une traînée de poudre, ces mots que Rimbaud écrit dans son "Cahier des 10 ans" alors qu'il pressent déjà avec
Umour, « l'inutilité théâtrale et sans joie de tout » et qu'une révolte inscrite au plus profond de l'être, une quête éperdue de liberté, le propulsent loin de tout soucis des lauriers ou d'un quelconque assujettissement :
« Pour être décrotteur, gagner sa place de décrotteur, il faut passer un examen » et de réaffirmer quelques années plus tard,
« Je n'aurai jamais ma place ». Ce n'est malheureusement pas -pour un sens un peu plus aigu de la valeur ou non d'un acte créatif-, une
« Saison en Enfer » que traversent ces jeunes gens, mais une quinzaine de rabais dans la grande braderie du spectaculaire.
Et si
« la main à plume vaut la main à charrue », il est certains pieds à planches qui valent manifestement les savates institutionnelles et les bottes marchandes.
On peut, a contrario, rêver d'un théâtre qui bouleverse, qui résiste au réel et le rende plus intense ! Souhaitons que cela soit le cas avec le prochain spectacle des élèves metteurs en scène du TNS, qui adapteront
Penthésilée de Kleist et
La Fausse Suivante, de Marivaux, à Strasbourg, du 8 au 12 juin.
Le spectacle d'atelier de Stéphane Braunschweig a été présenté au TNS de Strasbourg, du 4 au 17 mars, puis au théâtre de la Cité internationale, à Paris, du 2 au 7 avril.
Date de publication : 15/04/2004
Inséré le : 14/04/2004 00:00
Thèmes : théâtre,