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Entretien avec Simone Forti et Charlemagne Palestine


"Illumination"



De passage à Paris à la Fondation Cartier (les 24, 25 et 26 janvier derniers), Simone Forti et Charlemagne Palestine ont donné, trente ans après sa création, une représentation du spectacle-improvisation «Illumination».


Simone Forti, dans les années 60 vous vous êtes consacrée à des recherches sur le mouvement en collaborant avec Steve Paxton, Lucinda Childs, Trisha Brown ou Ann Halprin ainsi qu'avec des plasticiens tel que Robert Morris, puis au début des années 70 vous avez commencé à travailler avec des musiciens. Comment s'est inscrite dans votre recherche cette rencontre avec la musique?


Simone Forti: Quand j'ai rencontré Charlemagne Palestine je sortais d'une année «d'abandon hippie»; je prenais de l'acide, j'étais allée à Woodstock. . . J'en ai eu assez et je suis retournée dans le monde. Cette expérience a modifié mes attentes vis-à-vis de la danse conceptuelle que je pratiquais à l'époque des années Judson. Pendant cette année «hippie» nous passions notre temps à danser et à écouter de la musique. Avec le travail que nous faisions à la Judson, nous ne dansions pas; nous étions dans des idées sur le mouvement, la perception, le rapport avec le public, la recherche, etc. J'avais envie de danser, de danser avec de la musique et de bien la choisir. A cette époque je suis retournée vivre en Californie auprès de ma famille pour m'équilibrer. Plusieurs amis de New York travaillaient dans cette nouvelle école créée par Walt Disney, The California Institute of Art and Design. J'ai passé du temps dans cette école, j'ai remplacé des professeurs tels qu'Allan Kaprow qui devait partir en voyage, j'ai suivi les enseignements d'un maître tai chi. . . J'étais là, dans cette école, je n'enseignais pas vraiment, je n'étudiais pas vraiment non plus, mais je trouvais mon chemin à l'intérieur de tout ça. Cette période était très intéressante pour la musique. Il y avait une très bonne école de «world music»; il y avait de grands maîtres venus d'Indonésie, de l'Inde. . . Un jour j'ai reçu un coup de téléphone de New York me demandant d'organiser un concert pour Pandit Pran Nath, un grand maître de ragha, le chant de l'Inde du Sud. Ils me dirent qu'il y avait aussi un musicien, Charlemagne Palestine, qui avait déjà travaillé avec Pandit Pran Nath et que nous pouvions collaborer pour lui trouver un lieu de représentation. Quand nous nous sommes retrouvés sur ce projet, nous avons essayé de travailler ensemble et nous nous sommes vite rendus compte que notre collaboration était très fructueuse.
A cette époque Charlemagne était concentré sur son travail avec le piano. On travaillait pendant plusieurs heures, lui au piano, et moi en train de danser. J'ai alors développé une étude sur la trajectoire, le moment, et les changements d'équilibre modifiant les trajectoires. Je travaillais aussi sur la «géographie» spatiale inspirée par les mandalas. Charlemagne travaillait de manière très harmonique avec le piano; il le faisait sonner comme un instrument à vent. Nous faisions un travail de résonance des trajectoires, de résonance du son et du mouvement, à l'écoute du son comme mouvement de l'air. Plus qu'à la recherche d'une esthétique, j'étais dans une satisfaction physique. C'est vrai que déjà les «Huddle», cette petite montagne de corps que l'on grimpe, donnait aussi beaucoup de satisfaction, mais c'était différent; il n'y avait pas l'enchantement physique lié au travail que nous faisions ensemble, Charlemagne et moi. (. . .)


Dans le contexte des années 70, quelles sont les raisons qui vous ont poussées à vouloir travailler en rapport avec le mouvement?


Charlemagne Palestine: A cette époque j'avais un petit studio de musique dans cette école de Los Angeles. Simone est venue me voir. La première fois que nous avons travaillé ensemble, j'ai créé une sorte d'environnement sonore électronique. Puis dans le bâtiment de cette école nous avons trouvé un immense espace en béton, vide, construit pour résister aux tremblements de terre. Il y avait une résonance magnifique, comme dans une caverne ou une mosquée. La deuxième fois nous avons donc travaillé là. Par chance, il y avait déjà un piano Bösendorfer, un des plus grands pianos qui existe. J'ai transformé les sonorités électroniques avec lesquelles nous avions travaillé dans le studio en sons acoustique

Alexandra BAUDELOT,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : musique, danse,
Mot(s) Important(s) : collaboration, interdisciplinarité,
Artiste(s) : Simone FORTI (chorégraphe), Alexandra BAUDELOT (rédacteur), Charlemagne Palestine (compositeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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