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Nouvelles carnivores
«Missiles. Et souvenir cardiaques.» de Christophe Paviot
Le dernier livre de Christophe Paviot, publié aux éditions du Serpent à Plumes, offre des nouvelles oscillant entre burlesque et violence.
Carnivores, sont les nouvelles de Christophe Paviot dans son dernier ouvrage: «Missiles. Et souvenir cardiaques.» Elles ingèrent un à un les personnages, reliés à l'océan par des traces de sang. Les corps n'y reçoivent aucun traitement de faveur. Malmenés, lacérés, ils s'accrochent à la pente, qu'ils lâchent, exsangues, traînés dans la mort, rejettés dans la mer comme des algues visqueuses. Et pourtant, il est bien question de tendresse, renouvelée dans chacun de ces récits. Un amour noir sans concession dont les déclarations ne reçoivent d'échos que des griffures. Kate enterre ses parents adoptifs et s'occupe du sort de sa mère. Une bande de copains surfer s'offre un bad trip sur la côte de Madagascar, rompant net une idylle de jeunesse. Edgar vient de naître au service gériatrie. . . Chaque récit est un couloir qui porte ses secrets monstrueux, ses rencontres fantastiques, mythiques et burlesques: un groupe de pop en plein moyen âge se fait interviewer. Paul Michael Glazer refait sa vie sans Hutch et passe de l'autre côté de la barrière. Catherine Deneuve se débat en plein polar. . .
Si l'auteur avait un don, ce serait celui d'ubiquité, pour nous mener de la côte pacifique au Laos en passant par les bords de Loire, dans des temps où le passé et l'avenir sont devenus inconséquents. Chaque nouvelle est un missile lancé, dont l'impact est inspecté au téléobjectif sans filtre. Un style cru, simple et droit au but entre Djian et Miller. Un rythme qui ne s'embarasse d'aucun délai.
Depuis son dernier roman «Le ciel n'aime pas le bleu», l'écriture de Christophe Paviot a gagné en liberté et en énergie. Ses formes brèves sympathisent avec le diable et «cèdent aux profondeurs, s'amplissant les poumons de chlorure de sodium et de mort». «Missiles. Et souvenir cardiaques» a la radicalité de la littérature américaine, cul et mort sont baignés dans des eaux sulfureuses et aspirés ensemble dans le même siphon, au son d'un vulgaire glouglou. . . Sarcastique, glacial.
Anne VAN HOVE,
Publié le 2002-02-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : écriture,
Mot(s) Important(s) : destruction, littérature, sexe, mort,
Artiste(s) : Anne VAN HOVE (rédacteur), Christophe Paviot (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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