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Atomes charnus
Chapeau : Rendez-vous au Plateau pour une exploration artistique, géographique et biologique, orchestrée par Miriam Cahn, Laurent Pariente et Romain Pellas.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Ophélie RAMONATXO rédacteur
Miriam CAHN plasticien
Laurent PARIENTE plasticien
Romain PELLAS plasticien
Texte : Le Plateau accueille jusqu’au 23 mai un événement 3D. Première dimension : la plasticienne suisse Miriam Cahn et ses peintures, dessins, photographies introspectifs à tendances oedipiennes. En deuxième dimension, le Parisien Romain Pellas, grand amateur d’œuvres « récup », ses
« Encombrements » comme il les appelle. Enfin, régnant sur le cœur battant du grand volume du Frac Ile-de-France, Laurent Pariente et son labyrinthe de craie saccadé, œuvre structurée et structurante, dimension manquante de ce gros Léviathan d’exposition du nom de
Non-Lieu. D’aucuns comme Ariane exhorteraient le visiteur à ne pas lâcher le fil, et pourtant l’idée est ici de faire décrocher : il faut savoir tomber, se heurter, se perdre en ne se fiant toujours qu’à la fragilité de son propre corps, et jamais aux architectures fuyantes proposées par les artistes, que ce soit les murs de craie de Pariente ou les soutènements façon « allumettes » du
Panoramique de Pellas. Eparpillées aux trois coins de cette exposition à angles aigus, les créations des trois artistes s’interpellent les unes les autres pour mieux se réunir, pour forcer à tisser le lien entre ces espaces disséminés, qu’il s’agit de soi-même remboîter : les peintures de Miriam Cahn se font écho de part et d’autre du tortueux labyrinthe, tout comme les dessins de Romain Pellas ressemblent aux matériaux bruts d’un mur à reconstruire, sorte de
Tétris aux Bic et crayon dessinant la carte d’un continent utopique…en miettes. Ce mystérieux territoire brisé en mille
petits morceaux (performance de Miriam Cahn), en milliards d’infimes atomes, est en fait un territoire vivant. C’est le territoire du vivant, l’organisme, l’organique : les figures de chair de Cahn sont un amoncellement d’inflammations cutanées et radioactives ; les plaques de plâtre et de craie de Pariente, un lombric tortueux et doux ; les dessins et installation de Pellas, une forêt de ronces et de chiendent. L’humain, l’animal, le végétal, tout mute ici et se confond, créant des
« être-plantes », des femmes-chattes, des hommes-oiseaux. Pour retrouver un appui solide au sein de cet emboîtement de structures molles, il faut revenir aux œuvres elles-mêmes. Les environnements envahissants de Pellas ne sont, pris à part, rien de plus que ces bidonvilles de mélaminé que l’on voit trop souvent, les peintures de Cahn redeviennent des autoportraits aussi impitoyables que ceux de Frida Kahlo, le labyrinthe de Pariente n’est plus que cet espace traditionnellement ludique, un des seuls de son espèce d’ailleurs à ne pas nous faire tomber dans d’angoissantes impasses.
Non-Lieu est comme une grande partition de musique contemporaine, faite d’harmonies et surtout de dissonances… parfois trop poussées : les travaux de Romain Pellas pourraient être les plans et maquettes de l’environnement de Pariente, tandis que ceux de Miriam Cahn s’en rapprocheraient par leur seule fragilité, trouvant ici leur place comme trouverait la sienne toute œuvre d’art contemporain, fragile par essence.
Miriam Cahn, Laurent Pariente, Romain Pellas, Non-Lieu, jusqu’au 23 mai. Le Plateau, Fonds Régional d’Art Contemporain d’Ile-de-France, Angle de la rue des Alouettes et de la rue Carducci 75019 Paris. Tél. 01 53 19 84 10
Date de publication : 22/04/2004
Inséré le : 21/04/2004 00:00
Thèmes : arts plastiques, installation, performance,