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Entendre avec les yeux


Les Urbs, instrumentistes de récupération



Les Urbs sont sur la scène de la Maison des métallos pour présenter au public leur deuxième disque, Liboma Minghi (Metal Satïn/Distri. Mélodie), en compagnie du chanteur-rappeur Bebson Elemba alias Bebson de la rue.


En fait, depuis sa rencontre avec Jean-Louis Méchali, inventeur du concept Lutherie Urbaine, en avril 2002 à Kinshasa, Bebson fait partie intégrante des Urbs, ces musiciens qui ne jouent que sur des instruments fabriqués avec des matériaux de récupération. Ce qui au départ était une idée un peu folle du batteur-percussionniste-improvisateur-compositeur Jean-Louis Méchali est devenue au fil des années, des voyages en Afrique (RDC, Mozambique) et des rencontres, une véritable machine qui, loin de s’emballer, semble bien destinée à être le moteur de nouvelles initiatives artistiques qu’on n’ose à peine appeler citoyennes tant ce mot à été dévoyé. Bref, les temps changent. Il y avait la musique industrielle, il faut désormais compter avec la musique postindustrielle. Il y avait la société de consommation. Il faut désormais compter avec la société de récupération. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se récupère. Sauf la machine infernale de Méchali et des siens qui, elle, n’est récupérable par aucun business. Elle est la partie visible d’un travail et d’échanges menés avec opiniâtreté par des musiciens et des luthiers professionnels (les Urbs) et des amateurs, jeunes et moins jeunes, vivant en Seine-Saint-Denis et en Afrique. Pourquoi des amateurs ? Parce qu’ils n’ont pas accès à la musique et qu’ils ne la connaissent pas. La nécessité, l’urgence alors de la transmission se fait sentir. Avec ceux qui ne connaissent pas la musique, pourquoi ne pas inventer la leur avec les instruments qui vont avec ? Musique nouvelle, à la fois écrite et improvisée, populaire et inouïe (puisque jamais entendue), instruments nouveaux, pratiques musicales nouvelles, gratuites, les Urbs arrivent à point nommé pour ne pas faire table rase du passé, mais table d’écoute ! Projet « non-rentable », il ne fabrique pas des tubes, mais les cisaille, les soude, les assemble, les percute pour créer un nouvel instrumentarium qui chante et restaure le pouvoir (celui de l’imagination, bien sûr). À la Maison de métallos puis à la Maison populaire de Montreuil, ces lutins urbains présentent Liboma Minghi («très très fou» en Lingala), un spectacle et un disque qui a été enregistré en 2002 à Bobigny et à Kinshasa, sur des instruments fabriqués en Seine-Saint-Denis et à Kinshasa sous la direction des luthiers Alain Guazzelli et Benoît Poulain. Un concert des Urbs s’entend avec les yeux et se voit avec les oreilles. Nimbés d’une lumière étrange, les instruments tapis dans la pénombre intriguent le spectateur. Ça tient de l’Arte Povera tout autant que des machines de Tinguely. Ce sont, dans tous le sens du terme, des objets sonores. C’est très très fou. Mais si, c’est possible.

Liboma Minghi, création de Jean-Louis Méchali, par les Urbs.
Du 22 au 24 avril à 20h30 et le 25 à 17h. La Maison des métallos. 94, rue Jean-Pierre
Rimbaud. 75011 Paris. Tél. 01 47 00 68 45 ou http://www.maisonsdesmetallos.org
Le 30 avril à 20h30. Maison Populaire. 9bis, rue Dombasle. 93100 Montreuil. Tél. 01 42 87
08 68

Olivier BAILLY,
Publié le 2004-04-22

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) : recyclage,
Artiste(s) : Olivier BAILLY (rédacteur), Jean-Louis MECHALI (compositeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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