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L'espace partagé


Factory



Un architecte du mouvement et un faiseur d'objets co-signent Factory. Entre danse et sculpture, une circulation d'idée et de gestes, un rapport commun à l'oeuvre et au public: «l'espace en mouvement du sens», hors du langage. Mouvement, première série, n°1.


Il y a dans le titre que vous avez choisi, «Factory», l'idée du travail, du labeur.
Richard DEACON
: Hervé Robbe a d'abord vu une installation à Villeneuve-d'Ascq, dont les éléments étaient fabriqués dans une usine à Dunkerque. L'exposition était accompagnée de toute une documentation sur le projet... Mais la première fois où nous avons parlé ensemble, il n'a pas été question du «travail»; c'était une discussion sur le corps. La question du corps m'occupe depuis longtemps, la relation entre intériorité et extériorité...

Hervé ROBBE: Lorsque nous nous sommes rencontrés, je n'avais pas de projet précis je tenais davantage à ce que ce soit la rencontre elle-même qui détermine le projet.
Après ma création au festival d'Avignon, j'étais un peu en réaction au «phénomène Avignon», ainsi qu'à un colloque qui y avait eu lieu sur «la crise de la création en France»: il me semblait qu'il y avait des prises de position à affirmer, un engagement à trouver, moins dans un «dire» que dans les formes mêmes du spectacle. J'ai eu alors envie de ne pas travailler dans un rapport de frontalité. Ce fut ma première proposition à Richard Deacon; un espace qui serait à la fois partagé par les danseurs et par ses sculptures, mais aussi par le public.

Vous êtes l'un et l'autre en résidence à la Ferme du Buisson. Est-ce que Richard Deacon prend part à l'élaboration du matériau chorégraphique?
R. D.
: Oui, c'est l'idée... même si ce n'est pas totalement possible. Je conçois des éléments en pensant à la façon dont les danseurs vont en transformer le mouvement; mais ces éléments peuvent aussi s'insérer dans la danse.

H. R.:Cela me semblait intéressant qu'il y ait des interférences et qu'on laisse évoluer les choses que l'on met en place. En voyant des répétitions, Richard Deacon a proposé des objets en mouvement, une structure qui pomperait, qui aurait quelque chose d'organique. Et le fait de savoir qu'un objet va circuler stimule tout un rapport à l'espace, beaucoup plus libre. Un thème que nous avons commencé à aborder, c'est cette relation intérieur / extérieur. C'est une grande question en danse que 1'on puisse à la fois travailler sur une forme de mouvement riche ou sophistiquée, très physique ou très large, et sur des notions organiques, fluide intérieur, de regard... Peu à peu nous nous sommes mis à apprivoiser des formes très courbes, sans doute très référentielles à l'univers Deacon, comme si l'on avait inconsciemment visualisé et absorbé tout un univers de sculptures, décrivant dans l'espace toute une volumétrie de courbes. D'autre part, nous sommes partis de gestes mécaniques et de l'idée que l'on est situation de manipuler des gens ou des objets. Ce sont départ des gestes très concrets de pression, de jointure, que l'on déconnecte de tout mimétisme et qui nous entraînent vers des notions fluide -dépression, compression, pompage. Bizarrement, en pressant l'air, en délimitant des points, en créant des tensions, on arrive à un rapport très concret avec l'espace. C'est aussi un jeu dans lequel apparaissent des relations qui dépassent complètement le geste-outil: tout un rapport sensuel des corps, des points de toucher, de glissement, etc...

Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 1993-03-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : art plastique, danse,
Mot(s) Important(s) : sculpture, travail,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Hervé ROBBE (chorégraphe), Richard DEACON (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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