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Les mondes de l'art
Entretien avec Arthur Danto
Chapeau : Arthur Danto cerne les caractéristiques de la contemporanéité artistique. Pour le philosophe américain, nous sommes totalement sortis de la logique de l'histoire de l'art.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 26
Léa GAUTHIER rédacteur
Arthur DANTO philosophe
Andy WARHOL plasticien
Texte : L'art contemporain est un défi à la pensée. Beaucoup de théoriciens, philosophes ou historiens de l'art ont eu du mal à envisager la spécificité de son avènement. Certains sont même allés jusqu'à renoncer à son originalité en proclamant que l'art était aujourd'hui mort, que ses nouvelles formes étaient obsolètes. Le philosophe américain Arthur Danto est l'un des rares à avoir pointé non seulement la singularité de l'art contemporain, mais encore la rupture historique radicale qu'elle a engendrée.
Observateur attentif de la scène artistique internationale depuis les années 1950, il a vu, à travers le travail d'Andy Warhol ou Barnett Newman par exemple, l'art sortir des gonds de son histoire et atteindre une liberté jusque-là inenvisageable. Les artistes se sont délivrés, au milieu des années soixante, du diktat des manifestes, des discours imposant à l'art la réalisation d'une vérité formelle. Aujourd'hui tout est possible et le pluralisme diffus de l'art offre une richesse d'expérimentation du monde, de la sensibilité, insoupçonnée jusqu'alors.
Léa GauthierLéa Gauthier : Le premier texte de philosophie de l'art que vous publiez en 1984 porte un titre provocateur : Après la fin de l'art. Dans ce livre, vous affirmez non pas que l'art soit mort puisque la production artistique ne cesse d'être florissante mais que l'histoire de l'art s'est achevée et que l'art d'aujourd'hui est un art d'après l'ère de l'art. Comment en êtes-vous arrivé à de telles conclusions ?Arthur Danto : Cet ouvrage repose sur les découvertes que j'ai faites dans le monde de l'art vingt ans plus tôt, en particulier la fameuse exposition d'Andy Warhol à la Stable Gallery de New York. En 1964, je pensais que l'art était en train de devenir philosophie, idée très hégélienne s'il en est (1). Avec l'exposition de Warhol, une des questions les plus profondes de la philosophie émergeait : pourquoi les
« Boîtes Brillo » seraient-elles des œuvres d'art alors que les objets auxquels elles ressemblent sont simplement des boîtes en carton et ne sont pas du tout considérées comme le produit d'un travail artistique ? À la même époque, j'ai aussi été troublé par une exposition de Robert Morris à la Green Gallery, dans la 57e rue de New York. C'était l'une des premières expositions d'art minimaliste. Les minimalistes écrivaient en ce temps-là des textes intrigants sur la différence entre les objets du quotidien et les travaux artistiques. Peu après les artistes conceptuels ont également investi cette problématique. Puisque l'art prenait en charge sa question philosophique c'était la fin de l'art. Mais la vie du monde de l'art continuait comme si rien n'avait fini, les expositions se multipliaient. En 1984, j'ai été frappé par le retour manifeste de la peinture. Je ne croyais pas réellement que ça allait avec le cours de l'histoire. Mais, je me suis aperçu que cela n'avait rien à voir avec une quelconque direction historique de l'art : nous étions rentrés dans une période de pluralisme radical. Aucune direction n'était meilleure ou plus mauvaise qu'une autre. L'idée même de direction n'était plus valide, elle avait perdu tout son sens. J'ai alors compris d'une manière beaucoup plus réaliste que l'histoire de l'art était bel et bien close.
Date de publication : 01/01/2004
Mots-clés : mort, art, histoire
Inséré le : 26/04/2004 00:00
Thèmes : art contemporain, arts plastiques,