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La page et le plateau comme une « drumping-zone »

Entretien avec Armand Gatti et Frédéric Ferrer

Chapeau : Frédéric Ferrer propose une mise en scène de La parole errante, livre réfractaire à toutes les descriptions. Rencontre avec l'auteur et le metteur en scène

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Apparence :

Rubrique : 26

Frédéric FERRER Metteur en scène
Armand GATTI auteur
Olivier NEVEUX rédacteur

Texte : Armand Gatti : À l'origine de La Parole errante, il y a une lettre, la première lettre de mon alphabet. Lorsque j'étais parachutiste, dans les SAS, pendant la guerre, il a fallu, un jour, sauter alors que ça tirait de tous les côtés. C'était horrible. Quand on est arrivé au sol, j'ai cherché mon ami, Ravenel. Introuvable. Finalement je l'ai vu : il restait ses deux tibias plantés dans le sol. Disons que c'était, planté dans le sol, la première lettre de mon alphabet, la première lettre de ce que j'allais écrire. D'où le fait de considérer, à chaque fois, la page comme une drumping-zone, c'est-à-dire une feuille blanche sur laquelle atterrissent les mots avec ceux qui ne sont pas à leur place, etc. C'est la nuit de Ravenel qui recommence à chaque page.

Frédéric Ferrer : Les premières fois où j'ai essayé d'imaginer ce que serait la transposition de ton livre sur scène, j'ai imaginé que le plateau, la scène devaient être cette drumping-zone avec plusieurs possibilités. Je pensais le plateau comme cette page blanche avec les mots qui viennent et entrent en dialogue les uns avec les autres. Il y avait plusieurs matériaux possibles : des événements qu'on avait mis en jeu, l'Irlande, Rogelia Cruz (résistante et miss Univers, assassinée sur la route de Zacapa), la forêt de la Berbeyrolle, des images, des phrases importantes dont on voulait qu'elles soient là, comme « le mot chien aboie-t-il ? », « il n'y a de révolution que celle du soleil », « l'homme plus grand que l'homme » ; qu'on les amène sur le plateau sans idée préalable et qu'on voie dans la confrontation de ces différents matériaux ce qui se passe. Il s'agissait qu'il y ait un dialogue qui s'instaure comme dans les pages de Gatti, entre les chapitres, les mots, les phrases. Et puisqu'il était impossible d'être fidèle aux 1 760 pages de La Parole errante, l'idée était de travailler sur la forme même du livre qui au théâtre deviendrait un questionnement sur la représentation : comment elle est en train de se faire ? Les matériaux sélectionnés ont leur propre vérité en eux-mêmes, mais en même temps leur confrontation pose sans cesse la question de comment la représentation devient possible. À mesure que cette question est posée, la représentation se construit. Je voulais proposer une traversée du livre – et non adapter un chapitre. J'avais en tête les trajets auxquels tu fais référence, celui de Carlo Cafiero, l'anarchiste, du Mont Ceceri à l'hôpital psychiatrique, le trajet de Christophe Colomb de l'Europe à l'Amérique, celui d'Hölderlin... J'avais envie d'un triptyque théâtral qui soit comme trois trajets possibles dans La Parole errante, trois traversées de ce livre. Ce qui est présenté, en janvier, aux Métallos est la première traversée.


Date de publication : 01/01/2004


Mots-clés : adaptation, représentation, image
Inséré le : 26/04/2004 00:00
Thèmes : littérature, théâtre,