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Armand Gatti
Chapeau : Résistant, déporté, évadé, parachutiste, journaliste, poète, auteur de plus de cinquante pièces de théâtre, metteur en scène, cinéaste, Armand Gatti a traversé le siècle, ses désastres et ses révolutions, et a tout au long de sa vie confronté l'histoire et l'utopie, la révolution et l'écriture.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : biographie (Mots-clés : )
Genre Ressource : biographie
Apparence :
Rubrique : 26
Armand GATTI auteur
Texte : La vie de Dante Sauveur Gatti – Armand est le nom de plume qu'il prendra pour signer ses articles dans le
Parisien Libéré – commence en 1924, à Monaco, où son père Auguste, piémontais et anarchiste, est balayeur. A ce père, extraordinaire conteur, qui meurt lorsqu'il a 15 ans, matraqué au cours d'une manifestation, le fils consacrera l'une de ses premières pièces,
La Vie imaginaire de l'éboueur Auguste G. Dante Gatti rejoint la Résistance en 1942, en Corrèze, dans des oripeaux don-quichottesques, trimballant ses livres. Arrêté, torturé, il est condamné à mort, puis gracié in extremis, en raison de son jeune âge. Déporté, il s'évade du camp à pied, puis gagne Londres. Il participe aux batailles de la Libération en tant que parachutiste.
Après la guerre, il entre au
Parisien Libéré et reçoit le Prix Albert-Londres pour un reportage intitulé
Envoyé spécial dans la cage aux fauves. En Algérie, au début des années cinquante, il se lie d'amitié avec Kateb Yacine. En Amérique Latine, il assiste au Guatemala à la chute du gouvernement Arbenz, partage la vie des maquisards indiens ; en Argentine, il fait la connaissance d'un jeune médecin : Ernesto Guevara, futur « Che ». Les deux hommes se recroiseront en 1962, à Cuba, au moment où Gatti tourne son deuxième film,
El otro Cristobal. Puis il part en Chine, où il rencontre Mao. Il rentre à Paris par le transsibérien, et découvre la Sibérie en compagnie de Chris Marker, qui y réalise son film
Lettres de Sibérie. Mais déjà son écriture bouillonnante se sent à l'étroit dans le champ journalistique.
C'est en camp de concentration que Gatti a eu la révélation du théâtre. Un jour, il a vu trois rabbins lituaniens jouer une pièce, la plus rudimentaire, mais aussi la plus essentielle qui soit. Elle tenait en trois phrases :
« Ich war, ich bin, ich werde sein. » « J'étais, je suis, je serai. » Devant ces hommes qui miment la ronde d'une errance éternelle, Gatti voit l'incroyable se produire : les prisonniers sourient. Le théâtre permet de remettre en perspective la réalité du camp. Il réintroduit la possibilité d'une distance – et par-là même d'une grandeur, d'une dignité.
Le premier, Jean Vilar, fondateur du Théâtre National Populaire, met en scène une pièce de Gatti :
Le Crapaud-buffle. Le spectacle reçoit un accueil catastrophique de la critique, qui parle de
« salmigondis ». Le Figaro réclame l'arrestation de Vilar et de Gatti pour avoir dilapidé l'argent des Français. Gatti rentre en Italie, dans la maison de sa mère, et s'attelle à l'écriture de
La Vie imaginaire de l'éboueur Auguste G., qui sera mise en scène en 1962. L'année suivante, il tourne en Yougoslavie
L'Enclos, qui sera le premier film de fiction à traiter des camps de concentration. Puis les mises en scène de ses pièces s'enchaînent, signées par lui ou par d'autres :
La seconde existence du camp de Tatenberg, Le voyage du grand Tchou, Chroniques d'une planète provisoire, Le poisson noir, Chant public devant deux chaises électriques, Les treize soleils de la rue Saint-Blaise, Notre tranchée de chaque jour, V comme Vietnam...Arrive, en 1968,
La Passion du général Franco. Le spectacle, en répétition au TNP, est interdit par crainte d'un incident diplomatique avec l'Espagne. Un coup de fil du général de Gaulle réveille en pleine nuit son ministre de la Culture :
« Malraux, qu'est-ce que c'est que ce poète surchauffé ?...» Il faudra attendre huit ans pour voir la pièce en France, mise en scène par Gatti et interprétée par des exilés espagnols : ce sera
La Passion du général Franco par les émigrés eux-mêmes. En attendant, le
« poète surchauffé » s'exile à Berlin. Il y fait la connaissance d'un fantôme qui tiendra une grande place dans sa vie, celui de Rosa Luxembourg, co-fondatrice en 1915, de la Ligue spartakiste révolutionnaire.
Gatti mène sa première expérience collective,
L'Arche d'Adelin, dans le Brabant wallon, où il passe neuf mois en 1973. Puis, de retour en France, il se rend à Montbéliard, où il réalise en vidéo
Le lion, sa cage et ses ailes avec les travailleurs des usines Peugeot, et en particulier avec les travailleurs venus d'ailleurs, espagnols, géorgiens, italiens, maghrébins, polonais, yougoslaves. Au début des années quatre-vingt, il part en Irlande du Nord. C'est l'époque où Bobby Sands et les autres grévistes de la faim meurent en prison, les uns après les autres. Gatti s'arrête à Derry (Londonderry), ville sinistrée, éventrée pour permettre le passage des chars. Il y rencontre Paddy Doherty, qui a ouvert un local baptisé le Workshop, sorte d'école où il voulait que les gosses des rues puissent « se récupérer ». Avec eux, Gatti réalise un film :
Nous étions tous des noms d'arbres. Entre le théâtre institutionnel et lui, la rupture sera bientôt consommée.
« Nécessité de sortir du ghetto du spectacle et du langage de vitrine, clament-ils, lui et les siens ;
nécessité de chercher un langage multiplié comme l'est celui de la rue, avec ses personnes venant de contextes différents, sans but précis, qui s'entrechoquent, s'entrecroisent, s'arrêtent, discutent, se divisent, se multiplient, se reflètent l'une dans l'autre, essayant de rapatrier le pouvoir humain de l'exil où l'aliénation quotidienne les maintient. » À Toulouse, en 1983, il crée l'Atelier de création populaire, placé sous le signe d'un oiseau préhistorique vieux de 147 millions d'années : l'Archéoptéryx, puis fonde à Montreuil La Parole Errante.
D'après un article de Mona Chollet
pour la revue Périphéries, novembre 1998. http://www.peripheries.net/g-gatti.htm
Date de publication : 01/01/2004
Mots-clés : biographie, oeuvre
Inséré le : 26/04/2004 00:00
Thèmes : littérature, écrits,