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L'Afrique mise à nu

Chapeau : Lors des Ve Rencontres chorégraphiques d'Afrique et de l'Océan Indien, Um solo para cinco déchaîne la censure et porte l'avenir d'une danse contemporaine africaine au cœur d'une collision nécessaire de l'artistique et du politique.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Apparence :

Rubrique : 26

Gérard MAYEN rédacteur
Augusto CUVILAS chorégraphe

Texte : Imagine-t-on une cérémonie de remise des prix aux lauréats d'un festival, dont l'un des primés est ostensiblement absent, tandis que sa pièce a été rayée du programme par les autorités, au mépris des délibérations d'un jury, dont l'effectif se présente incomplet et tendu ? C'est dans cette atmosphère que s'est déroulée la soirée du samedi 15 novembre à Antananarivo, capitale de Madagascar. Devant quatre mille Malgaches curieux, une fête gâchée, et boudée par le Président de la République jusque là annoncé, mettait un point final aux cinquièmes rencontres chorégraphiques d'Afrique et de l'Océan indien, baptisées Sanga. Pour autant, celles-ci venaient de marquer un pas dans l'histoire de la danse du continent noir, désastreux selon les uns, enthousiasmant selon les autres. Nécessaire.
Ana, Célia, Maria, Julieta, Pelina, cinq jeunes filles du Mozambique, tout à un mélange d'effarouchement et de détermination, ont osé danser totalement nues la pièce Um solo para cinco, chorégraphiée par Augusto Cuvilas. Parmi les spectateurs, d'autres danseurs africains se sont – au sens propre – voilés la face. Un journaliste s'est levé pour quitter la salle. Et la ministre de la Culture a aussitôt fait savoir qu'il serait impensable de montrer cette pièce une deuxième fois sur le sol de Madagascar...
Voici dix ans qu'émerge en Afrique de nouvelles formes chorégraphiques, auxquelles les Rencontres Sanga de « Danse en création » ont imprimé, à un rythme biennal, un puissant effet accélérateur. Elles sont entièrement financées par l'Union européenne, et par l'AFAA (Agence française d'action artistique), qui en a pris l'initiative, dans une logique d'agence culturelle, uniquement soucieuse de critères artistiques. Mais jusqu'à quel point peut-elle s'abstraire de l'autre logique qui l'anime, qui en fait tout autant un instrument diplomatique de la France, recevant ses subsides du ministère des Affaires étrangères ? Les diplomates français en place à Antananarivo n'ont guère caché la colère que leur inspira ce palmarès des rencontres Sanga, de fort mauvais genre.


Date de publication : 01/01/2004


Mots-clés : censure, nudité, rencontre
Inséré le : 26/04/2004 00:00
Thèmes : danse,